Le Château ambulant
Hauru no ugoku shiro/Howl's moving castle

Film japonais de Hayao Miyazaki

 
Sortie le 12-01-2005

Durée: 1h59

 

Le Voyage de Sophie

Drôle de paradoxe : en adaptant un roman occidental (de l’anglaise Diana Wynne Wones, qui écrivait des contes merveilleux bien avant J. K. Rowling et son Harry Potter), Miyazaki semble nous livrer un film somme. On est, en effet, en territoire plus que connu, Le Château ambulant brassant quantité d’éléments déjà vus précédemment chez le maître de l’animation japonaise (trame comparable à celle du Voyage de Chihiro, décors rappelant Kiki la petite sorcière et Le Château dans le ciel, thématique de la guerre évoquant Princesse Mononoke, etc.). Déconcertante par certains aspects, la dernière livraison des studios Ghibli n’en reste pas moins un très beau dessin animé.

Un Miyazaki ne peut pas être mauvais, a-t-on envie de dire… Le Château ambulant déçoit pourtant quelque peu par rapport aux sommets de poésie narrative et visuelle que constituaient Mononoke et Chihiro. Serait-ce parce qu’on a quitté le Japon pour une Europe fantaisiste ? Toujours est-il que la mythologie créée marque moins que dans ces derniers. En ce qui concerne la technique, on remarque par ailleurs une sorte de disparité, un mélange de ligne claire et de figures bâclées, de fluidité et de saccades…

Si cet aspect déstabilise, il contribue pourtant à donner au film un côté quasi-expérimental assez intéressant. Jamais chez Miyazaki la narration ne se sera autant peu souciée de clarté dramatique. Un drôle de rythme s’imprime, sans doute lié au frottement détonant entre la vieillesse qu’acquiert soudain l’héroïne à la suite d’un maléfice et le monde trépidant dans lequel elle se trouve plongée, où cohabitent villes bigarrées, plaines idylliques et déserts d’explosions (la guerre qui embrase le pays de Sophie donne lieu à de superbes visions apocalyptiques).

Les personnages secondaires ont tout pour être agaçants (on sent bien qu’ils remplissent le quota «humour», et certains ont une fonction pour le moins énigmatique), mais emportent l’adhésion par leur charme. Excepté quelques excès fluo lors de numéros de magie, tout cela reste d’un goût certain, d’une beauté enchanteresse, d’une intelligence et d’une complexité vivifiantes.