L'Úvaporation de l'homme

Film japonais de Shohei Imamura


Film de 1967 - Rediffusion


Par Henri LanoŰ
 

Durée: 2h10

 

Il ne s’agit pas d’un film sur la sueur (et pourtant, on se fait suer), mais d’une enquête filmée, menée par la fiancée d’un homme qui s’est évaporé avec la caisse sans laisser de traces. On peut se demander pourquoi confier cette mission à une équipe de cinéastes plutôt qu’à la police ? On peut, surtout, se demander pourquoi un distributeur exhume ce brouillon vieux de 35 ans qui n’ajoutera pas grand-chose à la gloire actuelle de Shohei Imamura.

Comme on est là pour 2 h 10, et que l’enquête piétine sérieusement, on finit par s’intéresser à l’(absence de) technique pour tuer le temps. Tourné en noir et blanc par un parkinsonien (hommage à la Nouvelle Vague ?), accompagné d’un son- témoin dont ne voudrait aucun mixeur normal (bruits de fond divers, moteur de la caméra, sons seuls bruts, etc.), ce film me semble être un jalon important dans l’histoire de l’audiovisuel : c’est la première fois que je vois un (très) long métrage assumer, froidement, le désynchronisme presque permanent des dialogues. Des séquences entières sont constituées de palabres abondantes, enregistrées à part, et censées sortir de la bouche des protagonistes qui, de toute évidence, disent autre chose ou rien du tout.

Le public, hypnotisé par la lecture de sous-titres ininterrompus et assourdi par le piaillement intense des acteurs, ne semble pas trop indisposé par ce phénomène aberrant qui transforme " l’inspecteur Derrick " en parangon de la post-synchro top ! Quel exemple désastreux pour les étudiants de la Femis…

Le scénario ne serait pas pire qu’un autre s’il abandonnait les trucs " docu-pris-sur-le-vif-genre-cinéma-vérité ", qui le font barboter dans des redites permanentes et fastidieuses, pour un peu plus de rigueur qui pourrait nourrir l’intérêt des quelques spectateurs qui résistent. Ni le conflit entre les deux soeurs jalouses ni l’enquête ne progressent d’un poil jusqu’à la fin du film, si bien qu’on se félicite d’avoir échappé à 4 ou 5 heures de projection (alors que 30 minutes sembleraient suffire.) Ce pesant pensum aboutit à des considérations de cuistre sur le Vrai et le Faux en art, sur le Factice confronté au Réel et sur le paradoxe du comédien, version nippone.

Bon courage !