Alexandre
Alexander

Film américain de Oliver Stone

Avec Colin Farrell, Angelina Jolie, Val Kilmer





Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 22-12-2004

Durée: 2h50

 

By the rivers of Babylon...

Rarement, dans l’histoire du péplum, prologue sonna aussi faux que celui d’Alexandre, où Ptolémée (Anthony Hopkins), tremblotant vieillard barbu et déplumé devisant sous les cocotiers en pastique d’une terrasse du Club Med, éventé par de vaillants indigènes, donne aux spectateurs des conseils de dernière minute sur ce que l’on va voir, et comment l’interpréter. Après ce préambule, redondant et inutile, l’on apprend qu’Alexandre-Colin Farrell, fils de Philippe II de Macédoine et d’Olympia, est aussi fils de Val Kilmer et d’Angelina Jolie.
Projet chéri par Stone depuis longtemps, le film narre en 2 h 50 une existence épique et bien remplie qui pourtant échoue à fasciner-contrairement à JFK. L’hérédité – chargée – du divin enfant et le triangle Alexandre/Philippe de Macédoine/Olympia (exotique génitrice aux accents de prostituée moscovite) se trouvent rapidement évacués, réduits à de très oedipiens affrontements. Le jeune Alexandre-Farell, dont l’étonnante coiffure signifiera le vieillissement, arbore, au début du film, un air piteux et une frange au sujet de laquelle Roland Barthes aurait eu fort à dire ; c’est tout juste s'il ne se prend  pas les pieds dans sa toge.
Fantasmant le mythe du couple Achille/Patrocle, il s’entourera plus tard d’un Jared Leto hippie en manteau de fourrure et bracelets vintage. Puis viendra Rosario Dawson, berbère lippue, qui nous vaudra une séquence de porno exotique distrayante et quelques scènes de ménage à Babylone, le Las Vegas des hauts plateaux.
Pourtant, Alexandre alterne scènes convenues et morceaux insolites, comme le passage en Inde. Alexandre est au seuil de la mort, un rideau rouge tombe sur la foret, la caméra se libère : le film devient "expérimental" (comme dans Natural born killers).
Progressant par conquêtes, le parcours d’Alexandre vers l’Orient s’apparente fort à une road to perdition et la trajectoire du film à Apocalypse now : mouvement parallèle vers la démence, la barbarie et davantage de sensualité –la sexualité trouble d’Alexandre, qui constitue un des points d’intérêt du film, vaut à Stone un procès de la part des Grecs ! 

Oliver Stone était en classe avec G.W.Bush à Yale. On connaît les positions du cinéaste et son regard vers la maison Blanche est aisé à décrypter, d’autant plus que pour le spectateur américain, derrière chaque chef arabe aux yeux cernés de khôl se cache un Ben Laden potentiel. Et il est désormais difficile d’envisager tout affrontement Ouest/Est comme autrement que polarisé : de fiers gaillards assaillent des guerriers enturbannés,  Darius en fuite, ses troupes défaites, Falluja n’est pas loin.
Aveuglé ou lucide, Stone s’emploie à contourner sa fascination, prenant soin de circonscrire les limites d’une telle démarche (« they made a god out of him »). Vaine prévention : ne s’agit-il pas là d’un film à la gloire du grand chef ?
Si Stone prend de la liberté quant à ses réalisations conséquentes – et convenues – (type Platoon) Alexandre n’en reste pas mois inégal, d’un kitsch flamboyant (une invraisemblable première partie), lassant, un péplum de plus.