Le stade de Wimbledon

Film franšais de Matthieu Amalric

Avec Jeanne Balibar





Par Henri LanoŰ
 

Durée: 1h12

 

Je ne suis ni un suppôt du terrorisme qui s’acharne trop souvent sur des films qui ne méritent pas cet excès de mépris, ni le zélateur de dithyrambes douteux qui sentent le copinage organisé. J’espère, donc, pouvoir dire le bien que je pense du Stade de Wimbledon sans être soupçonné d’être bakchiché. J’ai aimé ce film-chronique, libre des contraintes d’un récit structuré, qui se développe sur plusieurs saisons et plusieurs lieux, dégageant un charme léger et un mystère poétique.

A l’origine, il y a le livre d’un écrivain italien, Daniele del Giudice, qui raconte son enquête sur un homme d’éditions triestin, Roberto Bazlen, mort depuis une quarantaine d’années. Il avait traduit des auteurs étrangers et fréquentait l’intelligentzia de l’époque. Il était aussi réputé comme un écrivain… qui n’écrivait pas ! Ce paradoxe séduit del Giudice qui en fait un livre, puis Amalric qui en fait un film.

La logique littéraire aurait voulu qu’il en soit également l’acteur pour rester fidèle au livre. Mais, peut-être sous la pression conjugale (?), il a féminisé le personnage de l’enquêteur et confié le rôle à Jeanne Balibar, qui va traîner dans Trieste, au fil des saisons, à la recherche des témoins de la vie du mystérieux écrivain sans écrits. Cette errance pleine de charme constitue le cœur du film et l’étrange physique amarnien de l’actrice y est pour beaucoup. Les rencontres alternent avec des flâneries nourries d’images insolites qui confirment la présence d’un cinéaste (et d’un homme amoureux) derrière la caméra. La quête des témoignages finira dans la banlieue de Londres, à Wimbledon, où vit la dernière compagne de Bazlen, à qui notre enquêtrice soumet les notes qu’elle a rassemblées. Arrivée au bout de son parcours, elle contemple, sous une lumière hivernale, le stade de tennis désert, insolite décor vide qui semble symboliser le vide de l’œuvre de l’écrivain disparu et, peut-être, de sa propre démarche.

Arrivé à la fin de son récit, Mathieu Amalric arrête son film après 1 heure12 de projection. Merci. C’est si rare de ne pas être pris en otage durant trois heures comme c’est si souvent le cas à Taïwan (et même sur la banquise.)

Ultime précision : Ce film est projeté dans DEUX salles à Paris et pas tous les jours. Nous sommes loin des 950 copies d’Astérix et des 600 de Vanilla sky, entre autres.

Finalement, un peu de soutien ne me semble pas superflu.