Dias de campo (Journées à la campagne)

Film chilien de Raoul Ruiz

Avec Marcial Edwards, Mario Montilles, Belgica Castro





Par Esther Castagné
 
Sortie le 15-12-2004

Durée: 1h30

 

Toutes nos vies et une seule mort

Dans un bar, Don Federico se remémore sa vie. Le mort revisite le passé et devient un fantôme vivant parmi les vivants déjà morts...

Le film de Ruiz s'impose par son approche métaphysique et la complexité de sa temporalité, soulignée par un montage complexe qui accentue l'étanchéité des frontières entre monde réel et monde rêvé, entre vie et mort. On se trouve en effet, l'espace du film, dans une sorte de no man's land mais aussi de no man's time où l'on perd tout repère. Le film devient une succession d'anecdotes, teintée de superstition et de mélancolie. Le vieil homme  se souvient notamment de Paulita, son ancienne domestique, et il va revivre avec elle, et nous avec eux, ce temps révolu. Notre protagoniste rajeunit alors et se retrouve sur son domaine au fin fond du Chili. Tout de suite, par le décor mais aussi dans sa façon de filmer, plus lente, plus fluide aussi peut-être, Ruiz nous place dans une autre
atmosphère et l'on regarde le film comme on feuilletterait un vieil album de souvenirs. Au-delà de cet exercice structuralo-philosophique, le cinéaste aborde  les problèmes de filiation. La filiation spirituelle que l'on s'est choisie, et la filiation naturelle qu'il nous arrive de renier. Tout se confond et, comme le monde est petit, tout se rejoint et se recoupe. Ces chassés-croisés inventés ou effectifs offrent à l'écrivain Don Federico un merveilleux sujet de roman, car sa vie, et celle des proches  qui l'entourent, est pour lui un roman. Mais arrivera-t-il à
l'écrire ?