A tout de suite

Film français de Benoît Jacquot

Avec Isild LeBesco, Ouassini Embarek





Par Esther Castagné
 
Sortie le 08-12-2004

Durée: 1h35

 

Maintenant ou jamais

Quand l'homme qu'elle aime, un petit truand de banlieue, lui demande de le suivre dans une aventure sans avenir, elle quitte tout pour lui. Son confort bourgeois, sa famille, sa vie bien rangée, sans souci mais ennuyeuse.

Elle quitte tout et part à l'aventure parce qu'elle l'aime, parce que lui c'est elle et parce que leurs vies ne sauraient être séparées. Elle est libre, elle a 19 ans et elle veut vivre sa vie. Rien ni personne ne l'en empêchera. Tant pis si elle se brûle les ailes ou y laisse sa peau. Benoît Jacquot filme ce don de soi total dans un noir et blanc très stylé qui accentue l'atemporalité de l'histoire, son universalité aussi. Car "Elle" pourrait être n'importe quelle femme passionnée
et amoureuse du danger et "Il" pourrait être n'importe quel jeune homme mystérieux et fascinant dont on tombe un jour amoureuse et dont on ne peut plus se passer. Ces personnages anonymes posent la question de l'inconnu, de l'imprévisible, et nous ramènent au problème  de notre identité. Qui sommes-nous ? Et jusqu'où irait-on par amour ? Eux, elle surtout, sont capables de tout, même du pire (?), pour le meilleur. Leur "meilleur" : être ensemble et vivre
leur passion jusqu'au bout. S'il est possible de voir "l'amoureux" comme un mauvais ange, A tout de suite est tout sauf une descente aux enfers. Au contraire, lorsqu'Elle prend le risque d'être elle-même, au-delà des contraintes et des sentiers battus, elle s'offre cet état de grâce, parfois douloureux, que ne peuvent atteindre que les plus forts, c'est-à-dire ceux qui ont le courage d'aller jusqu'au bout de leurs rêves et de rester fidèles à leurs convictions. Peut-être y
a-t-il un côté cliché à faire s'amouracher une p'tite bourge du XVIe d'un jeune rebeu de Bobigny ? Mais justement c'est qu'il était impossible pour cette fille excessive, exigeante et idéaliste d'aimer sans risque ; pour elle, il faut franchir la ligne, sauter dans le vide, affronter l'inconnu. Et ce garçon représente tout cela, son physique (elle le dessine et donc le voit comme un masque africain, chargé de mystère et capable de magie – peut-être de miracles ?), son identité, son statut, son avenir. Elle recherche l'instable, finit par n'avoir peur de rien.
Sa souffrance n'est liée qu'à lui et son ennui à tout le reste. Elle est lui, ou peut-être est-il tellement en elle que seule son absence totale et définitive la rendra véritablement invulnérable, dans un espace indéfini entre le monde des vivants et celui des morts.