Café lumière

Film japonais de Hou Hsiao-Hsien

Avec Yo Hitoto, Tadanobu Asano, Masato Hagiwara


Venise 2004 - en compétition


Par Simon Legré
 
Sortie le 08-12-2004

Durée: 1h49

 

Chronique d'ozurd'hui

La dernière fois qu'on avait quitté HHH, c'était sous les sunlights enfumés de Millenium Mambo, où la chrysalide Shu Qi se trémoussait au rythme d'un combo techno assourdissant. Avec cette ode émue à Ozu, l'homme au saké paisible, Mister Hou a mis la sourdine, optant pour la contemplation des liens qui tissent une jeunesse, observant les quelques heures de la vie d'une jouvencelle bientôt mère.

On sait son oeil de lynx affûté lorsqu'il s'agit de contempler une jeunesse aspirée par son propre vide. Mais avec ce Café Lumière, il dévie lentement de cette ornière. Café Lumière, c'est d'abord un continuum d'instants suspendus ainsi que le pouls d'une ville, Tokyo, son urbanité bourdonnante, ses trains sillonnants (comme dans Goodbye South Goodbye) et sa population anonyme. Si la distance est radicalement anti-dramatique, l'ascèse contemplative ne nous épargne rien : comme dans Fleurs d'équinoxe, nous trouvons cette même thématique de l'antagonisme familial, qui s'incarne ici au cours du plan-séquence sidérant du repas. L'héroïne, qui vient d'annoncer son «problème», endure le mutisme de son père qui continue de déguster ses sushis avec placidité. Cette longue séquence radiographie la déchirure en marche et le décalage entre les mots qui règnent au sein cette cellule familiale minée par les non-dits, comme au bord de l'implosion. Les silences, alors érigés au rang d'oeuvre d'art, décapitent en douceur un système de valeurs oppressant tandis qu'une chorégraphie d'oeillades embarrassées rend patent le remugle familial. Un peu plus et c'était du Sirk sur tatami... Alors tant pis si le scénario n'est pas loin de l'anorexie : on aime cette vue imprenable sur notre prochain et le regard sans fard mais chaleureux qu'il pose sur l'instantané de la vie de cette jeune fille. Mais on est happé ou éjecté.