Holy Lola

Film français de Bertrand Tavernier

Avec Isabelle Carré, Jacques Gamblin, Bruno Putzulu





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 24-11-2004

Durée: 2h08

 

Les Bronzés à la crèche

Un couple stérile débarque au Cambodge pour tenter d’adopter un enfant. Ce sujet grave ne peut laisser personne indifférent.

Dans une première partie réussie, nous suivons la difficile recherche de Pierre et Géraldine qui vont d’espoirs en désillusions et d’orphelinats en crèches délabrées. Ils rencontrent d’autres couples qui vivent la même épreuve dans Phnom Penh où les pluies torrentielles inondent les rues et noient les velléités de tourisme. Isabelle Carré et Jacques Gamblin incarnent avec sensibilité ces parents privés d’enfant jusqu’à ce qu’une crise de désespoir de la jeune femme, devant l’échec permanent de la recherche, menace de faire éclater leur union. Jusque là, Bertrand Tavernier maîtrise son histoire et nous émeut en décrivant la détresse de tous ces parents frustrés.

Mais, étrangement, le récit va basculer progressivement dans une lourde caricature qui transforme ce groupe d’adoptants en beaufs du Club Med aux prises avec des «indigènes» fourbes, voleurs et corrompus qui ne pensent qu’à rançonner les pauvres Français. On croirait presque voir la bande du Spendid lâchée dans un souk et les touches délicates de la première partie font place à des effets de suspense pachydermiques qui donnent l’impression qu’on a changé de scénaristes en cours de route. L’interminable attente d’un coup de tampon de la part de fonctionnaires obtus devient plus important pour le réalisateur que la recherche d’un bébé espéré et le film s’enfonce dans un océan kafkaïo-cambodgien courtelinesque. Même si c’est ainsi que les choses se passent, c’est irritant pour le spectateur qui se doute bien, depuis le début de cette odyssée, que le couple ramènera finalement son trésor dans les nuits glaciales de l’Auvergne. Alors, tous ces contretemps pour nourrir un suspense artificiel (qui n’est pas le sujet du film) et l’ultime course dans les couloirs de l’aéroport, après plus de deux heures de projection, c’est vraiment too much. Dommage, car la vraie conclusion de ce scénario tel qu’il nous est proposé, celle qui lui aurait donné un sens, aurait été que le couple reparte les mains vides. Bertrand n’a pas osé.