Le Prix du désir

Film international de Roberto Ando

Avec Daniel Auteuil, Anna Mouglalis, Greta Scacchi, Michael Lonsdale...


France-Italie-Suisse


Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 10-11-2004

Durée: 1h45

 

Le prix secret de l'instinct basique du désir fatal...

Amples mouvements d’appareil dans l’ambiance feutrée de la Bibliothèque mazarine, où se tient une conférence de presse sur un écrivain (Daniel Auteuil) dont personne, sinon son agent (Michael Lonsdale), ne connaît la véritable identité. Quelques notes de piano entendues mille fois ailleurs et plaquées artificiellement pour rajouter du mystère et marteler que, malgré les apparences, on est devant un thriller troublant… Passe encore. On imagine un honnête polar, lettré et élégant. Mais tout cela sombre bien vite dans un suspense érotico-psychologique mollement ridicule.

Las ! Anna Mouglalis, l’élégance faite femme, se fourvoie dans d’invraisemblables minauderies à base d’oeillades roublardes et de doigts sur les lèvres, se contente du minimum syndical quant à la récitation de son texte de femme fatale et offre l’intégralité de son corps à la caméra avec une bonne volonté stupéfiante, d’autant plus vaine qu’on est à des lieues de la violence animale de La Vie nouvelle (Philippe Grandrieux) et de la sensualité joyeuse de Novo (Jean-Pierre Limosin). Non, ici, rien à faire, on a beau voir défiler les belles femmes (une jeune polonaise digne de figurer dans les books d'Elite, Greta Scacchi encore bien conservée, malheureusement dans une version complètement creuse et larmoyante de l'éternel rôle de la femme délaissée...) et les scènes de sexe, pas l’ombre d’un soupçon de trouble érotique.

En contant les mésaventures d’un écrivain à pseudonyme (attention : double-vie) qui entame une liaison avec la femme de son gendre (attention : désir fatal), reçoit des lettres de chantage (attention : noirceur humaine) qui font remonter à la surface un secret enfoui depuis plus de vingt ans (attention : refoulé délétère), Le Prix du désir croit soulever des questions passionnantes. Mais tout, des personnages à la réflexion, y est désespérément plat et inconsistant. S’embarrassant avec un sérieux désarmant de prétentions intellectuelles et poétiques foireuses, convoquant sans conviction une identité juive de bazar, ce drame bourgeois d’un académisme distingué (hélas, l’élégance n’est pas automatiquement garante d’expressivité) ne suscite pas grand-chose d’autre qu’ennui et consternation.