Le Prix du désir

Film français de Roberto Ando

Avec Daniel Auteuil, Anne Mouglalis, Greta Scacchi, Michael Lonsdale





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 10-11-2004

Durée: 1h45

 

Bouilleur de Cru

Ce scénario abracadabrantesquissime raconte la vie de Daniel Boltanski, apparemment oisif mais riche, qui vit confortablement au bord du lac Léman avec sa femme, Nicoletta, laquelle dirige un cabinet d’avocats. Mais il est, en fait, le fameux romancier Serge Novak, que personne n’a jamais vu et qui est représenté uniquement par son agent littéraire : c’est une sorte d’Emile Ajar helvète. Si on accepte pareil postulat, pourquoi pas les autres ?

Se rendant à Capri pour le mariage de son beau-fils, Daniel rencontre sur le bateau une jeune femme fatale et solitaire, Mila, avec laquelle il passe une nuit torride. Le lendemain, à l’église, il découvre que son beau-fils est en train d’épouser ?… : Mila. Bingo !

Si on accepte également ce coup de théâtre, poursuivons notre récit : la vie devient difficile pour Daniel (qui continue de coucher avec sa belle-fille à l’insu de la famille) car il est harcelé par un maître chanteur qui menace de dévoiler également le lourd secret de son imposture littéraire : il ne serait pas l’auteur du livre qui l’a rendu riche et célèbre ! Trouvant la barque encore trop légère, les scénaristes chargent à tout hasard Mila de tendances saphiques. Damned…

Si vous tenez toujours bon, je vous conseille d’aller voir la suite au cinéma, car je fatigue. Durant 1 h 45, des flots de musique romantique aspergent les amants ahanant dans d’interminables scènes de lit pour souligner l’intensité de leur passion, alors que le silence et un court fondu au noir concluent les brefs baisers glacés que donne parfois le mari volage à l’épouse délaissée : quelle maîtrise dans la cinématographie. Peut-être conscients que les ébats de ces divers membres de la jet-set ne sont guère passionnants, les scénaristes sortent leur botte secrète : ils donnent au personnage de Daniel la traditionnelle origine judéo-polonaise, poncif du cinéma actuel qui, étant donné le sujet, tombe là comme des cheveux sur la soupe. Mais je m’en voudrais de dévoiler les ultimes et nombreux rebondissements de ce désir hors de prix et n’encourage, à nouveau, que les vrais amateurs à aller voir ce roman-photo imprimé sur pellicule glacée.