Birth

Film américain de Jonathan Glazer

Avec Nicole Kidman, Cameron Bright, Lauren Bacall, Danny Huston


Venise 2004: en compétition - Deauville 2004: hors compétition


Par Simon Legré
 
Sortie le 03-11-2004

Durée: 1h40

 

Les mômes préfèrent les rousses

Tout peut arriver : New Line Cinema, qui a réussi à accoucher de Blade et de Jason X dans la foulée, est capable de produire autre chose que des gloubiboulgas dopés à l'octane, comme en témoigne cette ½uvre en état de suffocation qui évite les poncifs du mélo vermoulu. Birth est un drôle de film. Par son sujet, proche de l'aberration scénaristique qui, il faut l'admettre, donne d'abord envie d'aller se coucher : une rouquine marmoréenne, version Mia Farrow dans Rosmary's Baby, vit fraîchement endeuillée dans son microcosme new-yorkais et s'apprête à se remarier lorsque débarque un moutard au crâne rasé prétendant être la réincarnation de son mari.
 
Quand on voit, en plus, que Jean-Claude Carrière est sorti de sa tanière pour tricoter avec deux collègues cette chose à l'équilibre précaire, on se dit que l'ensemble est condamné. Que nenni ! Car ce grand petit film, émaillé de longs plans-séquences kubrickiens, souffle le chaud et le froid avec une beauté classieuse et stylisée. Et que Jonatahn Glazer use d'une austérité apparente pour dévoiler un tableau en demi-teinte qui chuchote un malaise existentiel comme le cinéma américain ne nous en avait pas offert depuis... depuis quand au fait ? Celui d'Ana, femme au fond du ravin, dont le c½ur fissuré choisit soudain de s'attacher à une chose : la croyance. Que veut ce poupon à la voix de baryton qui a tout d'un cousin inavoué du Damien de La Malédiction ? On n'en sait rien et ça n'a pas d'importance. Ce qui compte c'est l'attachement que cette femme va vouer à cet enfant en refusant le carcan social protocolaire. Loin d'une thèse teintée de mysticisme lelouchien, le film effectue comme un glissement indicible qui convoque un flux tendu d'émotions étranges, comme si tout bifurquait vers un autre monde prenant le pas sur la réalité. C'est en cela qu'il emprunte des chemins de traverses qui ne mènent nulle part et d'où, peut-être, provient sa rigueur de pierre tombale et son parfum d'encaustique. Mais c'est ce qui fait son charme étrange et feutré. Alors on ne glosera pas sur la musique d'ameublement infligée comme une litanie saturante, ni sur les seconds rôles, consistants comme les murs ripolinés de l'appartement de l'héroïne (Bacall, en cerbère maternel, méritait plus que huit minutes de dialogues). Le film n'atteindrait certainement pas un tel degré d'incandescence sans la présence minérale d'une Nicole Kidman plus bergmanienne que jamais. Décomposée jusqu'à l'hypnose, l'actrice, dont la grâce transpire à chaque image, livre sa plus belle performance depuis Dogville. Toute en émotions fugitives, elle rend palpable l'implosion psychologique qui semble guetter celle qu'elle incarne. Tant pis, répétons-le: son talent est précieux.