Basse Normandie

Film français de Patricia et Simon Mazuy-Reggiani

 
Sortie le 13-10-2004

Durée: 1h53

 

Comme un cavalier seul

« Un projet qui relève du Docteur Maboule ». On ne saurait mieux qualifier l'idée  de déclamer à cheval  les Carnets du sous-sol de Dostoievski au Salon de l'agriculture devant  un parterre de cultivateurs, puis de raconter   les laborieux préparatifs  de ce  spectacle extravagant.   Patricia Mazuy, cinéaste, et  son mari, saltimbanque cultivé, ont fait de ce pari démentiel  un film.   Malin, loufoque et... piaffant.

« Je suis un homme malade, un homme  méchant, un homme repoussoir » « Un homme intelligent ne peut rien devenir. Il n'y a que les imbéciles qui deviennent » « Les hommes d'action sont limités. C'est pour cela qu'ils agissent. Ils ne prennent pas le temps de se demander quels sont les buts primaires, quels sont les but secondaires. Il agissent  car, comme ils sont limités, ils ne laissent jamais  le doute s'insinuer ». «Si seulement j'étais paresseux, j'aurais des raisons de ne pas travailler. Je serais au moins quelque chose : paresseux ». Le film de Paticia Mazuy et de Simon Reggiani n'a de cesse de contredire ces propos  désabusés du narrateur des Carnets  de Dostoievski, auquel le comédien  prête  son visage  juvénile et cabossé,   tout en conduisant  adroitement Côte d'Or, son élégante et patiente monture. Les protagonistes du film, Patricia et Simon, « deviennent », ils « connaissent la différence entre les buts », ils ne sont pas paresseux, en un mot ils agissent et ils  pensent, ce n'est donc pas incompatible. Bizarrement, en bout de course, le public du Salon de l'agriculture  semble conquis. Quant au    film, il  séduit par la force de ses convictions non moins  hasardeuses que provocantes.

Certes, deux heures  passées pour la plupart du temps dans un manège,  à tourner en rond ou à piétiner dans la gadoue, c'est un peu long. Mais le  film est ponctué de scènes fort drôles, ou  belles, comme cette promenade  des deux chevaux du couple sur la plage de Omaha  …parce qu'ils  ont bien mérité une récompense-  le  « papa » (Simon) est  lui aussi aux anges.

Spirituel, émouvant, primesautier, le « projet du Docteur Maboule»   porte haut, détourne,  et subvertit finement  Dostoievski.  Avec   ardeur, et  non sans panache. Telle la pensée, comme un cavalier seul...