Genesis

Film français de Claude Nuridsany

Avec Sotigui Kouyaté





Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 20-10-2004

Durée: 1h20

 

C'est l'histoire de la Vie...

Le générique, constitué d’images bariolées de cristaux de vitamine C (puisqu’on vous le dit) accompagnées d’une musique percutante et dissonante, fait vaguement songer à l’univers psyché-merveilleux de La Planète sauvage de René Laloux, cet étonnant dessin animé réalisé en 1972 sur un scénario de Roland Topor. Intrigué, on y voit le présage d’une bonne surprise. Fausse alerte : on est en fait face à un documentaire animalier tendance Arthus-Bertrand avec prétentions scientifico-métaphysico-poétiques…

Nuridsany et Pérennou (Microcosmos) sont un peu au documentaire ce que Jeunet est à la fiction : des maniaques de l’illustration visuelle. Mus par un perfectionnisme confinant à la pathologie, ils cherchent à tout prix à étayer leur propos par la plus grande quantité possible de « belles images ». D’où une succession, techniquement parfaite mais franchement lassante, de plans spectaculaires et soignés propres à enchanter le bourgeois (oh ! l'impressionnante coulée de lave… oh ! le beau geyser… oh ! le mignon fœtus de crocodile…). Ralentis solennels et son hypertrophié (une tortue semble soudain capable de  déclencher un tremblement de terre)  tâchent de rendre encore plus imposant et « métaphysique » cet amas de plans sans âme traversé çà et là par un brin de tension ou un soupçon de vie, tandis que Bruno Coulais s’emploie à prouver qu’il est capable de tout expérimenter, du joli solo de hautbois à la fanfare néo-slave en passant par le ballet in-the-mood-for-lovien. (Je reconnais tout de même au compositeur le mérite de m’avoir tiré de ma torpeur en magnifiant le seul moment vraiment troublant du film : une scène de baise entre crapauds pustuleux transformée en enlèvement romantique de conte de fée.)

Un vieux griot pour narrateur, c’est tellement plus pittoresque que la voix d’un Arditi ou d’un Giraudeau… Et puis un vieillard africain, c’est plus « primitif », ça nous rapproche un peu plus de la genèse du monde, non ? La présence de Sotigui Kouyaté, comédien fétiche de Peter Brook dont la silhouette chétive et la voix chevrotante sont ici exploitées avec un attendrissement quasi post-colonial, mériterait une mythologie barthésienne… Les yeux perdus dans le vague, il semble d’ailleurs lui-même se demander ce qu’il fait là, à débiter devant une case en carton-pâte un texte surécrit, trop allusif et « poétique » (c’est-à-dire truffé de métaphores faciles et de sentences tautologique sur le sens de la vie sur Terre) pour avoir une véritable valeur didactique. Un texte dont on finit par relever les implications idéologiques  plus que la puissance d’évocation métaphysique (« Suis-je né le jour où ma mère m’a mis au monde ? Suis-je né la nuit où mes parents se sont aimés ? »). Après tout, pourquoi pas… Mais ce fœtus de questionnement, qui ne participe manifestement pas du propos du film, ne suffit pas à interpeller vraiment le spectateur.

Le film, cela dit, ne manquera pas d'épater les bambins et de captiver les lecteurs de Science et Vie junior.