Arsène Lupin

Film français de Jean-Paul Salomé

Avec Romain Duris, Kristin Scott-Thomas, Pascal Greggory...





Par Raphaël Lefèvre
 
Sortie le 13-10-2004

Durée: 2h10

 

Traumatisé par la mort de son père, qui lui a appris l’art de l’esquive en général, du combat et de la rapine en particulier, le jeune Arsène Lupin (Romain Duris) devient un voleur insouciant s’attaquant principalement aux gorges richement ornées des femmes du monde. Sa rencontre avec la très mystérieuse comtesse de Cagliostro (Kristin Scott-Thomas) le plonge dans une aventure faite de complots, de coups d’éclat, de trahison, d’ésotérisme et de faux-semblants qui forgeront le caractère encore immature du futur gentleman cambrioleur…

On doit reconnaître au scénario écrit par Jean-Paul Salomé (Belphégor…) en collaboration avec Laurent Vachaud (critique à Positif, co-auteur avec Samuel Blumenfeld de l’important livre d’entretiens avec De Palma) un désir de romanesque communicatif et un certain sens de l’aventure rocambolesque pleine de rebondissements improbables mais séduisants – un sens relatif, cependant, le film se fourvoyant in fine dans une interminable overdose de grand guignol. On ne saurait par ailleurs faire l’impasse sur la faiblesse des dialogues, sabir mélangeant maladroitement formules désuètes et langage contemporain, et surtout sur la lourdeur de la mise en scène (un comble pour un film construit sur la légèreté et la discrétion de son héros), qui fait du film une suite boursouflée et hachée de mouvements intempestifs de caméra, de ralentis gratuits et d’effets spéciaux ridicules. Autant de symptômes de la modernite aiguë qui frappe depuis quelques temps un certain cinéma français souhaitant dépoussiérer le genre du film en costumes, avec des résultats plus (Le Pacte des loups) ou moins (Vidocq) intéressants, jamais totalement réussis.

Disons quelques mots des acteurs, qui sauvent du film ce qui peut l’être en entraînant le spectateur dans leur laborieuse aventure par leur conviction et le plaisir évident qu'ils prennent à jouer. Chez les femmes, Kristin Scott-Thomas, avec sa grâce, son accent venu d’ailleurs et sa beauté sans âge, s’avère l’incarnation idéale de l’ensorcelante comtesse de Cagliostro, et Eva Green prouve, après une prestation principalement plastique dans Innocents de Bertolucci, qu’elle est une comédienne solide sur qui on pourra compter. Côté hommes, mention spéciale à Robin Renucci, parfait de noblesse satisfaite en conspirateur royaliste, et à Pascal Greggory, qui s’amuse comme un petit fou dans un rôle de pervers à l’apparence janséniste. Quant à Romain Duris, parfois tout à fait convaincant, parfois complètement à côté de la plaque – sa gouaille de « djeune » d’aujourd’hui l’emportant sur ses efforts pour acquérir ce que la désinvolture de Lupin comporte d’aristocratique –, il se montre plutôt irrégulier mais séduisant. C’est assez pour qu’Arsène Lupin ne soit pas un film irregardable, mais trop peu pour en faire le divertissement populaire de qualité qu’il aurait pu être.