Le Grand Rôle

Film français de Steve Suissa

Avec Stéphane Freiss, Bérénice Bejo, Peter Coyote, François Berléand, Rufus





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 13-10-2004

Durée: 1h29

 

La vérité si je mens (suite)

Abandonnant le Sentier et la fripe, nos mousquetaires ashkénazes se retrouvent intermittents du spectacle, vivotant de doublages, en attendant le grand rôle qui en fera des stars. Cette opportunité ne tarde pas à se présenter avec l'arrivée d'un immense réalisateur américain (Peter Coyote, vêtu d'un tee-shirt, d'un jean et barbu comme Steven Spielberg) qui se rend à la synagogue en limousine blanche (33 mètres de long, of course).

Il cherche un Shylock yiddishophone pour son prochain film : Le Marchand de Venise. Casting remporté par Stéphane Freiss qui décroche enfin son grand rôle et fonce annoncer la bonne nouvelle à sa délicieuse épouse (Bérénice Bejo) dont il est certainement fort épris puisqu'il la photographie tout le temps (à son insu). Jusque là, ce récit léger et joyeux évoque Salut l'Artiste d'Yves Robert, où Mastroianni et Rochefort couraient le cachet dans des emplois minables : on s'apprête donc à passer un bon moment avec ces ringards dévorés par l'ambition.

Hélas, virage  à 180° et Steve Suissa nous embarque dans un mélo inattendu qui laisse supposer que les mouchoirs Kleenex ont participé au montage financier du film. En apprenant la bonne nouvelle, la délicieuse épouse avoue à son mari qu'elle est atteinte d'un incurable mal mystérieux et, pire encore, le pauvre Stéphane découvre aussi qu'une star internationale s'est rendue libre pour le rôle de Shylock et que ce salaud de Spielberg/Coyote l'a laissé tomber sans vergogne.
N'osant pas annoncer cette catastrophe à la malade qui ne quitte plus son lit, il va lui faire croire, avec la complicité des copains, qu'il tourne le film comme prévu (faux journaux et fausses interviews télé à l'appui) et que tout va pour le mieux : il joue enfin son grand rôle, mais à la maison. Tout cela est parfaitement incroyable, malgré les louables efforts d'une troupe de bons comédiens (Stéphane Freiss en tête) pour accréditer cette fable larmoyante. Plutôt que d'amener de force Spiel/oyote au chevet de l'agonisante afin d'authentifier ce pieux mensonge, on se dit que les copains feraient mieux d'aller chercher le SAMU pour conduire enfin Bérénice Bejo à l'hôpital, s'il en est encore temps.

La conclusion est encore plus étonnante : quelques mois plus tard, Stéphane Freiss - désormais veuf - s'est visiblement consolé car Coyo/berg lui a fait faire généreusement les post-synchros de Shylock. Il déambule donc allégrement avec les copains comme si rien ne s'était passé. Début d'un Alzheimer précoce et collectif ?...