Land of Plenty (Terre d'abondance)
Land of plenty

Film allemand de Wim Wenders

Avec Micelle Williams, John Diehl





Par Paola Villar
 
Sortie le 22-09-2004

Durée: 1h43

 

Pleine of empty

La jeune Lana, fille de missionnaires catholiques, arrive à Los Angeles avec pour  tout bagage sa foi, sa générosité, et sa douceur. Elle  y  rejoint  son oncle Paul, vétéran du Vietnam. Celui-ci vit avec (ou grâce à) sa paranoïa, son obsession d'héroïsme et sa folie patriotique. Chacun à sa  manière, ils constituent deux « sauveurs » à échelle humaine dans l'Amérique post-9/11.

Ce film, aux  faux airs de documentaire, est le reflet d'une Amérique désorientée. A l'image des deux personnages, idéologiquement et psychologiquement opposés, nous côtoyons  alternativement  un pays "abondant" de pauvreté intemporelle et inchangée, composée de marginaux, de laissés-pour-compte (clin d'œil  à The Million Dollar Hotel, lorsque Lana est sur le toit de la Mission) puis   une Amérique fraîchement blessée par les attentats. Lana souhaite aider ses prochains et même ceux qui le sont un peu moins, et elle s'appuie elle-même sur sa  religion, sa jeunesse et sa bonté innée : c'est bien. Paul croit que son pays est la terre la plus  belle et la plus généreuse qui soit et la remercie en guettant un hypothétique attentat : c'est légitime. La démence de Paul et la pureté de Lana s'équilibrent et empêchent nos deux héros de devenir totalement ridicules (et niais). D'accord, leurs intentions sont  louables  mais leur rencontre ne provoque rien, pas d'étincelles, pas de polémique, et c'est bien dommage…Wenders,métamorphosé ici en jeune fille pacifiste et angélique, reste (trop) spectateur et manque d'engagement.

On ne peut pas reprocher à Wenders de ne pas avoir soigné Land of Plenty, (plans brillants, cadrages astucieux, grande beauté des paysages, musique planante et intelligemment choisie) mais bien qu'elle ne tombe pas dans le manichéisme, cette réflexion sur la santé des  Etats Unis et de ses citoyens se bâtit parfois sur  des clichés et du sentimentalisme frôlant le pathétique et même l'ennui. Techniquement, Wenders affirme sa virtuosité. Mais cet amoureux de l'Amérique nous déçoit quelque peu : ce sujet sensible et douloureux aurait du être traité avec un peu plus de sophistication.

« Audiovisuellement » réussi, mais loin de la maestria qu'on aurait pu espérer.