Land Of Plenty (Terre d'abondance)
Land Of Plenty

Film américain de Wim Wenders

Avec John Diehl, Michelle Williams, Richard Edson, Wendell Pierce, Shaun Toub


Sélection officielle Venise 2004


Par Stéphane Malek
 
Sortie le 22-09-2004

Durée: 1h58

 

Pauvreté, paranoïa et patriotisme

Paul est un ardent patriote et vétéran du Vietnam où il fut exposé à l’agent orange. Il souffre depuis de sérieux troubles psychologiques et d’une paranoïa aigue. Les événements du 11 septembre 2001 ont réveillé en lui les fantômes du passé. Persuadé que son pays est en état de guerre, il sillonne désormais les bas-fonds de Los Angeles à bord de sa camionnette équipée de micros et caméras qu’il dirige sur le moindre individu suspect.
Lana est une jeune femme profondément chrétienne qui vit en accord avec sa religion. Après avoir grandi en Afrique et passé deux années au Moyen-Orient, elle revient à Los Angeles où elle s’engage dans une mission catholique qui vient en aide aux sans-abri. Elle y cherche également son oncle, Paul.

Ce sont donc deux visages de l’Amérique que dépeint Wim Wenders dans Land Of Plenty. Deux visages antagonistes d’une Amérique qui a perdu son identité, d’une Amérique fragile qui a peur et qui fait peur.

Le film est construit selon une structure binaire, les deux protagonistes étant longtemps montrés en montage parallèle: ils ne se rejoindront qu’à la fin. Wenders parvient, tout comme dans son très touchant The Million Dollar Hotel,  à allier plans larges et plans très serrés avec une précision de maître, capturant ainsi ses personnages dans un cadre parfait, les décortiquant à une vitesse fulgurante, troublant le spectateur et soulignant la moindre parcelle d’émotion que chacune de ces deux figures caricaturales d’un paysage politique en plein bouleversement essaie de nous transmettre.

Figures caricaturales, on peut le dire, car si Paul est une représentation outrée du républicain aveuglé par les campagnes de manipulation de Bush, Lana, elle, est une  sorte de sainte pacifiste qui a épousé la cause palestinienne. Elle peut être considérée comme le porte-parole du réalisateur, consciente de la dérive d’un pays dont les valeurs ont été dévoyées, et représentant la « vraie Amérique ». C’est d’ailleurs Lana (Michelle Williams) qui est représentée sur l’affiche du film aux côtés du célèbre drapeau flottant au vent, symbole visuel amplement exploité par Wenders, véhiculant le pire et le meilleur de l’Amérique.

Land Of Plenty a donc une intention éminemment politique mais évite toute polémique, le cinéaste ayant laissé de côté le documentaire, projet de départ, pour jeter un regard plus objectif sur le pays en créant ses propres personnages. Il nous dévoile également des images saisissantes de la misère d’un Los Angeles des laissés-pour-compte, où les sans-abri ont faim et meurent par milliers.

Il est également intéressant de noter l’humanité avec laquelle le réalisateur traite le sujet. On peut lui reprocher de rester dans le politiquement correct mais c’est cette simplicité qui fait la force du film, ainsi que John Diehl, généralement habitué à des seconds rôles, excellent ici en fou furieux acharné à débusquer le terroriste qu’il suspecte en chaque citadin de type oriental. Michelle Williams, elle, fraîchement sortie de la série Dawson, reste un peu dans l’ombre de
son partenaire, peut-être à cause de la sobriété de son personnage.

Malgré la présence de scènes clichées, comme le pèlerinage des deux héros à Ground 0 à la fin du film, et de quelques longueurs, Land Of Plenty (dont le titre est emprunté à une chanson de Léonard Cohen) est donc une œuvre intéressante avec une esthétique qui lui est propre, ainsi qu’une mise en scène et une musique qui ne sont pas sans rappeler les précédents films du cinéaste (on peut d’ailleurs noter à deux reprises l’apparition d’un certain « The New
Million Dollar Hotel »). Conseillé.