La Niña santa

Film argentin de Lucretia Martel

Avec Carlos Belloso, Mercedes Moran, Mia Maestro, Alajandro Urdapilleta, Maria Alche


Sélection officielle Cannes 2004


Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 15-09-2004

 

« Le monde était à la mesure exacte de nos passions » (L.M)

Sans être le second volet d’un diptyque, La Niña santa prolonge clairement les questions posées dans La Cienaga ; le film se terminait par une apparente déception : la vierge de la télé n’apparaissait pas à la jeune héroïne.

Pour son second long-métrage, Martel filme les tourments mystiques de deux lycéennes, Josefina et Amalia. Dans cette autre variation sur la foi, "La fille sainte" se révèlera, à l’épreuve du désir.
On se souvient que les fillettes de La Cienaga à la voix déformée par un ventilateur  chantonnaient "Doctor Jano, chirugano": or, la figure masculine de La Niña santa est un docteur nommé Jano. Le bon médecin, soumis à la tentation, est le centre par lequel circule la voracité des passions. Il sera sauvé par la caressante Amalia, furieusement belle, monstrueuse par moments. Le catholicisme érotisé de Lucrecia Martel ferait passer les vierges suicidées de Sofia Coppola pour des poupées Barbie.
La nouvelle vague argentine, le cinéma de Lucrecia Martel et La Niña santa en particulier, posent une question urgente : qu’est-ce que la nouveauté ? Le film produit avec violence la réponse à cette question, sous une forme proche du fantastique, à la fois étrange et familier. La réalisatrice filme sans embarras la promiscuité, dans l’air vicié d’un hôtel décati où, comme dans La Cienaga, s’abattent fléaux et stigmates (poux, suintements, fièvres). Les perturbations du corps et de l’esprit s’épanouissent dans ce cadre languide et vaporeux. La réalisation époustouflante et sensorielle de Martel réunit dans un même plan "l’oeuvre de dieu et la part du diable", faisant résonner prières et chuchotements.
Pour la cinéaste, La Niña santa fait état de l’abandon de Dieu. Pourtant, la perversion prenant fin, le film s’arrête avant que Dieu ne déserte le décor. La trajectoire tendue et parallèle des deux jeunes filles s’achève par leur réunion dans l’un des seuls plans fixes du film. La piscine, leitmotiv des deux films, les enserre, lieu d’ablutions et d’absolution où se diffusent les prodiges.