Clean

Film français de Olivier Assayas
Prix d'interprétation Maggie Cheung

Avec Avec Maggie Cheung, Nick Nolte, Béatrice Dalle, Jeanne Balibar, Tricky





Par Christophe Chauvin
 
Sortie le 01-09-2004

Durée: 1h54

 

Deux ans après le lynchien et quasi expérimental Demonlover, Olivier Assayas revient à un cinéma moins clinquant et ésotérique : le très beau Clean.

Le film raconte l'histoire d'Emily, une junkie qui, après la mort de son mari et un séjour en prison, décide de changer de vie pour pouvoir récupérer son fils, élevé par ses beaux-parents.

Entièrement centré sur le personnage de paumée joué par Maggie Cheung, Clean ne verse jamais dans le mélodrame à la Douglas Sirk ou à la Lars Von Trier. Ici, ni sadisme inutile de la mise en scène, ni scénario lacrymogène, Assayas nous livre au contraire un film d'une grande pudeur et d'une rare intelligence. Il filme cette belle renaissance tout en finesse, en privilégiant une mise en scène discrète et proche de ses personnages. En alternant judicieusement des scènes d'introspection et des scènes de dialogues laconiques et remarquablement écrites, Assayas réussit à trouver un excellent rythme – ce qui n'était pas le cas  dans Les Destinées sentimentales.

Il nous offre en outre l'une des plus belles rencontres de cinéma dernièrement, à savoir celle entre Maggie Cheung et Nick Nolte. Car si l'on appréciait déjà beaucoup l'actrice dans Nos années sauvages, Les Cendres du temps ou encore In the mood for love (tous de Wong Kar-Wai), Maggie Cheung, qui n'avait pas tourné avec Assayas depuis Irma Vep (1984), n'a jamais été aussi sublime, aussi expressive, aussi émouvante qu'ici. Quant à Nick Nolte, c'est peu dire qu'il est génial, et tellement touchant dans un second rôle auquel il donne une profondeur psychologique inespérée. Le reste du casting, très fashion, est à la hauteur des interprètes principaux et les apparitions de chacun – B. Dalle à contre-emploi, Balibar très drôle, Tricky mythique – ne sont jamais gratuites mais au contraire porteuses de sens.

On ne dira jamais assez l'importance de la musique dans un film, surtout quand il a pour décor le milieu du rock : on tirera donc notre chapeau à Brian Eno qui, en génie électronique, a su créé une ambiance feutrée et mélancolique parfaite, proche de certaines pistes de Lost in Translation.

Clean est donc un magnifique cadeau qu'a fait Assayas, à Maggie Cheung et à nous. Tout simplement, merci.