Le Terminal
Terminal

Film américain de Steven Spielberg

Avec Tom Hanks, Catherine Zeta-Jones, Stanley Tucci, Diego Luna


Venise 2004: ouverture - hors-compétition


Par Simon Legré
 
Sortie le 15-09-2004

Durée: 2h08

 

Viktor téléphone maison

Au fond, l'aéroport est un lieu très cinégénique qui a su s'imposer parfois comme personnage de cinéma, parfois comme simple toile de fond, (Playtime de  J.Tati, Tombés du ciel de PH. Lioret , et surtout le sublime Stand-by de R. Stephanik), permettant aux chefs-décos d'aller se la couler douce à Mexico.

Après le coup d'état qui a ravagé sa Cracovie natale, les portes de l'aéroport JFK se referment sur Viktor Navorski (Hanks, au jeu de cent vingt kilos qui ferait passer sa performance dans Forrest Gump pour du Claude Régy). Ce Oui-Oui sans frontières est bel et bien bloqué dans cette pétaudière dédalesque qui fait de lui un apatride, à l'instar - et ça, ce n'est pas du cinéma - de ce réfugié iranien de cinquante-neufs ans vivant depuis maintenant seize ans dans les murs de notre Roissy national... A partir de ce postulat certes chiche, tonton Steven prend le relais de Capra et orchestre une comédie humaniste qu'on ne lui aurait pas soupçonnée. Une comédie loukoum, certes, mais passionnante et subtilement dosée, sur l'éveil des rapports humains entre des éclopés de tous horizons qui feront, on s'en doute bien, office de famille de substitution à notre alien. Bien entendu, Le Terminal est aussi le portrait souterrain du contre-champ discriminant d'une Amérique aux idéaux obsolètes qui, loin de tenir ses promesses de pseudo-protectorat, exploite de pauvres déracinés qui en miroitent la façade policée. Les femmes de ménage et autres balayeurs du JFK ne sont autres, semble nous dire Spielberg, que les lambeaux d'un Amérique-patchwork qui évolue sous la férule d'un clivage hypocrite. Parabole sociale un rien trop convenue ? Peut-être, mais elle sous-tend le film de façon si caressante qu'elle n'en contrarie pas la légèreté, tonifiante comme un tube de vitamines. Ce qui charme, ce sont ces ramifications relationnelles que tisse Viktor avec ses compagnons de parcours qui font de ce pantouflard d'aérogare le héros ordinaire d'un lieu qui ne l'est pas. Notons que le personnage de l'hôtesse de l'air qui patauge dans le cirage et dans sa vie sentimentale tout en fantasmant inconsciemment sur Napoléon est délicieux (Zeta-Jones qui joue la carte de la sobriété, et il vaut mieux pour elle, y est peut-être pour quelque chose). Mis à part Stanley Tucci dans un virtuose numéro de roquet mal luné, on reste néanmoins un peu affamé face à la consistance monodimensionnelle de certains seconds rôles. De la même manière, on se heurte à un léger tissu d'incohérences scénaristiquement évitables (Viktor apprend en quelques jours l'Anglais avec l'efficacité d'un scanner sémantique avant de nous transformer les toilettes publics de l'aéroport en chapelle sixteen. Non mais ça va bien...). Mais ne boudons pas notre plaisir : cette meringue spilbergienne vaut bien un petit retard d'avion, ne serait-ce que pour goûter aux joies réconfortantes de ces bons vieux halls fuligineux desquels - on le sait désormais - la lumière peut jaillir...