Clean

Film français de Olivier Assayas

Avec Maggie Chung, Nick Nolte, Béatrice Dalle, James Dennis


Prix d'Interprétation féminine, Cannes 2004


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 01-09-2004

Durée: 1h50

 

Rédemption Rock

De nos jours, il est de plus en plus inutile de résumer un scénario puisque, entre les articles promotionnels, les critiques, les passages à la télé ou les entretiens à la radio, il ne reste plus grand’chose à découvrir une fois que vous êtes entré dans la salle. Cette stratégie curiositicide régnant désormais, vous savez tous que Clean traite d’une chanteuse rock droguée qui etc. J’ai eu la chance de voir le film à Cannes, donc vierge de toute information et découvrant le scénario comme on devrait toujours le découvrir : bobine par bobine. Au début, j’ai craint le pire : caméra parkinsonienne, mixage tapis de bombe, couple de rockers en crise… Je me demandais si je pourrais supporter cette agression pendant deux heures lorsque, heureusement pour moi, le rocker est mort d’une overdose.

A partir de là, un autre film s’installe : la rockeuse, impliquée dans cette mort, pourra-t-elle élever son petit garçon qui vit chez ses grands-parents ? (Mais cela vous le savez aussi, ainsi que la plupart des difficultés que va rencontrer cette mère qui voudrait redevenir clean…) Mais moi, par chance, je l’ignorais et j’ai pu être touché par ce récit qui frise en permanence le mélo, sans jamais franchir vraiment le pas, et qui suit le difficile trajet de l’héroïne (hum ?) vers son fils. Il me semble que cette sensibilité, fragile et sans effets, fait de Clean le meilleur film d’Olivier Assayas, servi par l’image d’Eric Gautier (qui signe également Carnets de Voyage) et de remarquables raccourcis de montage dus à Luc Barnier. Maggie Cheung a obtenu sans contestation le Prix d’Interprétation féminine, mais le grand oublié est Nick Nolte qui méritait amplement le Prix d’Interprétation masculine pour son extraordinaire rôle d’un grand-père au dialogue murmuré et minimaliste. J’exprime, in fine, un petit regret : le scénario implique que la rockeuse n’est pas dotée d’un grand talent. Je trouve donc dommage que, dans la session d’enregistrement qui clôt le film, le réalisateur nous fasse entendre la chanson qu’elle vient d’enregistrer à la satisfaction générale au lieu de nous la laisser imaginer...

Je me demande aussi ce que Olivier Assayas aurait pensé d’un tel film, il y a quelques années, lorsqu’il était critique aux Cahiers.