Je suis un assassin

Film français de Thomas Vincent

Avec François Cluzet, Karin Virad, Bernard Giraudeau, Anne Brochet


Cannes 2004 - Quinzaine des réalisateurs


Par Simon Legré
 
Sortie le 11-08-2004

Durée: 1h47

 

L'un écrit, l'autre pas

Adapté du Contrat de Westlake, Je suis un assassin annihile nos espoirs sur ce qu'était censé figurer une incursion du cinéma français -déjà amorcée avec brio par Harry un ami qui vous veut du bien- dans les eaux risquées du drame criminel.

Deux hommes, un train, un contrat, le meurtre de la femme de l'un, de l'argent en retour... Cet incipit laborieux peine à égaler L'inconnu du nord express autant qu'à sonder les motivations brumeuses de ses protagonistes. Tout, ou presque, sonne faux. Leur caractérisation surannée (l'un, manipulateur à la pupille vipérine, l'autre, scout falot influençable auquel Cluzet insuffle sa bonhomie coutumière), l'incohérence des dialogues inusités, le jeu outré d'un Gireaudeau histrionique et la musique torrentielle sursignifiante. Problème : les enjeux du film reposant entièrement sur cette scène d'exposition, ses envolées vers un suspens affûté comme un couperet en sont compromises dès le départ. De retour dans sa maison qui a tout d'un bar à tapas, notre plumitif besogneux se voit persuadé par sa femme (Karin Viard, toujours juste) de passer à l'acte au cours d'une scène qui ne trouve pas ses marques. Dès lors, le crescendo sanguinolant s'enclenche tandis que les clichés se ramassent à la pelle (en vrac : le milieu parisien de l'édition est délétère, les femmes divorcées sont de vénales murènes, le sang doit couler pour que création il y ait...) Pourtant en pleine force de l'âge, Thomas Vincent qu'on sentait derrière les figures centrales de Karnaval, son premier film réussi, n'est nulle part dans cette parabole poussive qui, pour le coup, manque sa cible au cours d'un final irrécupérable qui se perd dans un grandguignolesque vaseux : le propos en est desservi, son intérêt s'est bel et bien évaporé.