Exils

Film français de Tony Gatlif
Prix de la mise en scène Cannes 2004

Avec Romain Duris, Lubna Azabal





Par Laurence Bonnecarrère
 
Sortie le 25-08-2004

 

Ma religion à moi

Le dos nu d'un homme. Un verre à la main, Zano (Romain Duris)  regarde  par   la  fenêtre d'un grand ensemble, depuis un étage élevé. La caméra  caresse  le grain de sa peau. Zano lâche son verre. Fond musical  revendicatif  : « foutaise que la démocratie » dit  à peu près la chanson,  mensonge, imposture, blessure.  Romain Duris se retourne. Il est entièrement nu.

La première scène du film est  percutante.  Puis vient   le long cheminement de Zano, fils de pied noir venu en France  à la suite de l'indépendance et de Naïma,  sa compagne d'origine algérienne,  à travers la France, puis l'Andalousie. Ce voyage les mène, à pied,  vers  leur pays d'origine, l'Algérie. Alternant les rythmes techno et les airs de flamenco, insistante, la musique accompagne les marcheurs,   suivant un crescendo qui évoque une délivrance  progressive ,  pour  finalement  exploser dans  une scène  de transe  quelque peu éprouvante pour le spectateur. Mais cette cérémonie soufie est   une purgation   pour  Zano et Naïma,  à présent réconciliés avec leurs racines, avec eux-mêmes. « Ma religion c'est la musique » dit Zano. Profession de foi qui pourrait  bien être celle du réalisateur,  également auteur  des partitions et des paroles   des chansons  du film. Mais la religiosité du propos  est plus  profonde, plus inquiétante. Le retour vers la terre des ancêtres, la nécessité  bienfaisante des  cultes et des rituels, la prise en charge  énergique  des individus par leur communauté d'origine, autant de thèmes  qui  convergent vers  le point   d'acmé de ce  parcours  cathartique:  une  scène d'hystérie collective  à première vue, une  manifestation apaisante de la spiritualité la plus haute et  la moins dévoyée selon le réalisateur.


Ce road-movie élégiaque et sensuel  ponctué de délicates chorégraphies érotiques  et de jolies pièces de flamenco n'est certes pas dénué de qualités formelles.    Mais sur le fond,  ce  basculement régressif de la «civilisation»  dans   un    folklore ethno-politico-correct   emportera  difficilement l'adhésion des agnostiques et les esprits mal tournés dont je suis.

Il est décidément difficile   de suivre  Quentin Tarentino  (et son jury) dans toutes ses  lubies.