Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Film américain de Michel Gondry
Scénario de Charlie Kaufman

Avec Jim Carrey, Kate Winslet, Elijah Wood, Mark Ruffalo, Kirsten Dunst





Par Christophe Litwin
 
Sortie le 06-10-2004

Durée: 1h48

 

Oh my darling, Clementine !

Joel Barish (Jim Carrey) se réveille un matin, hâgard. Machinalement il prend le train pour pour Montauk, plage grise et automnale de la Nouvelle Angleterre. Il rencontre là une autre âme errante, Clementine (Kate Winslet). Tous deux partagent un sentiment de nullité et de vacuité . Clementine est débordante d'imagination,  de fantaisie ; Joel est plus réservé. Ils ne savent pas ce qu’ils font là, chacun, tous les deux. Hasard des caractères? Ils sentent bientôt qu’ils ne pourront plus se passer l’un de l’autre.

Piteux départ d’une mièvre comédie romantique ? Pas si sûr. Quelque chose ne colle pas. Nos deux amoureux croient se découvrir ; ils n’ont en fait pas cessé d’être ensemble, de s’aimer, de se haïr au point de ne plus vouloir qu’une chose s’oublier. Dans le monde de Charlie Kaufman et de Michel Gondry, il existe des sociétés qui vous effacent la mémoire – si vous le souhaitez – deux fois par an.

Au lieu de se concentrer sur le devenir de cette nouvelle rencontre entre deux personnages qui se sont déjà connus, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, retrace, dans une symphonie polychromique renversante, le processus de cet oubli dans l’esprit de Joel, sa cure. Clementine devient ce personnage en fuite de son imagination que son coeur tente de préserver à mesure que son esprit l’oblitère. Au règlement de compte avec Clementine se substitue progressivement dans cette rêverie le désir impossible de recommencer, de tout rejouer. Mais cela est-il possible si le prix est de tout oublier ?

Balancement incessant entre la joie et le pardon, entre l’angoisse de la perte et le charme d’un élan effréné où l’autre se retrouve enfin, exploration imprévisible et comique du grotesque, du farfelu, de l’hétéroclite, Eternal Sunshine est à ce jour le plus beau produit de l’esprit de Charlie Kaufman. Aussi drôle et imaginatif qu’un Being John Malkovitch, d’une narration plus complexe qu’un Adaptation, s’appuyant sur des acteurs surprenants de spontanéité et de pudeur, bénéficiant d’une extraordinaire qualité de photographie, ce film, plus que les précédents, s’adresse à l’âme autant qu’à l’intellect. Où se nichera la possibilité de s’aimer si l’être aimé s’efface ? Dans quelle partie de l’imagination la trace pourra-t-elle s’envelopper? Cette trace de l’amour ouvre-t-elle aussi à l’éternel retour de son échec?