Just a Kiss
Ae fond kiss

Film anglais de Ken Loach

Avec Eva Birthistle, Atta Yaqub


Sélection Officielle Berlin 2004


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 14-07-2004

Durée: 1h43

 

Devine qui vient dîner...

Ken Loach, qui semblait en petite forme depuis My Name is Joe (trop de films tuent le film ?) retrouve l’inspiration dans ce tendre récit qui dépeint, une fois encore, les problèmes que soulèvent les couples mixtes dans les pays colonisateurs envahis par leurs anciens colonisés.
Les cinéastes britanniques traitent souvent ces conflits où deux cultures traditionnelles s’affrontent lorsque l’amour entre les enfants de la deuxième génération force des familles que tout sépare à se rencontrer. Promis à une cousine pakistanaise inconnue, le jeune Casim désespère ses parents en tombant amoureux de Roisin, une blonde irlandaise qu’ils rejettent d’emblée. Comme l’action se passe à Glasgow, le scénario fait heureusement l’économie des réticences de la famille irlandaise qui n’apparaît jamais dans l’histoire, mais elle est avantageusement remplacée, lors d’une brève séquence, par un curé de choc qui tente de ramener à la raison (catholique) l’ouaille égarée. Nos amoureux, héritiers involontaires de traditions antagonistes, ont bien du mal à résoudre ces conflits qui pourrissent leur vie. Vous aviez deviné : si on gomme le contexte ethnico-politico-religieux contemporain, il s’agit tout simplement de Roméo et Juliette qui ont quitté Vérone pour Glasgow. Mais le scénario de Paul Laverty (déjà à l’origine de My name is Joe et de Sweet Sixteen) n’est pas un simple démarquage de la fameuse histoire. Il prend le parti de soulever plein de questions qui gratouillent sans l’intention y apporter de réponses, comme dans la plupart des films de Ken Loach qui ne s’estime pas le droit de donner des leçons à quiconque.

A nous de juger, si on le peut. On entend donc plein d’opinions divergentes, mais qui pourrait choisir entre ces divers obscurantismes qui s’affrontent ? Il ne survit que l’espoir (apparemment de plus en plus fragile) d’une société réellement laïque qui rendrait caducs ces conflits cacochymes. En attendant, le risque de trouver que « si chacun restait chez soi, il n’y aurait pas ces problèmes » rôde en permanence autour de ce genre d’histoire. Comme nous le constatons chaque jour, l’importation intégrale(griste ?) d’une culture, de m½urs et d’une religion (pakistanaise ou autre) sous un ciel étranger (écossais ou autre) génère des conflits si l’émigré refuse obstinément le mode de vie du pays d’accueil. Le film a le grand mérite de ne diaboliser personne : lorsque la famille pakistanaise s’inquiète du choix imprévu de son fils, on partage un peu son inquiétude car il semble évident que la liberté de m½urs apparente de Roisin et l’attraction purement sexuelle qu’elle exerce sur le jeune homme ne paraissent pas garantir la pérennité de ce couple, que peu de choses rapprochent à part le lit. Et demain, lorsque l’ardeur des jeux érotiques sera éteinte ?... D’ailleurs, depuis l’ère quaternaire, la plupart des familles (européennes, pakistanaises ou esquimaudes) partagent ce même étonnement devant l’hypothétique futur conjoint amené par les rejetons : - « Mais, qu’est-ce qu’elle (il) lui trouve ? ». Donc, ce récit plus mélancolique que revendicatif renvoie finalement tout le monde dos à dos, sans jugement hâtif ou partisan, et la fin du film n’apporte guère de conclusion puisqu’elle rejette, heureusement, la solution désespérée imaginée par Shakespeare. On peut constater, une fois de plus, que la plupart des histoires d’amour s’arrêtent là où elles devraient commencer : pourtant le vrai sujet qu’il faudrait traiter n’est pas la sempiternelle description des difficultés que rencontrent les amants contrariés, mais comment arriveront-ils à vivre ensemble pendant des décennies une fois réunis ?