Alexandrie... New York

Film international de Youssef Chahine

Avec Mahmoud Hemeida, Yousra, Ahmed Yéhia,...





Par Morgane Perrolier
 
Sortie le 07-07-2004

Durée: 2h08

 

Chagrin d'amour

Le rêve américain était le virus du siècle. Ils avaient 19 ans et étudiaient dans le plus prestigieux institut d’art dramatique de Californie. Yéhia et Ginger s’étaient juré un amour éternel. Quarante ans après, ils se retrouvent. Yéhia, devenu réalisateur, découvre alors que Ginger lui a donné un fils.


Youssef Chahine a 78 ans aujourd’hui. Dans Alexandrie... New York, son cinquante-neuvième film, il retourne sur son passé et nous livre le regard d’un papi nostalgique. D’une part, il fait la peinture de l’Amérique des années 40, celle qui a bien voulu lui ouvrir ses portes et le faire entrer dans le monde fascinant du cinéma ; d’autre part, il raconte la rencontre difficile d’un père et de son fils dans l’Amérique d’aujourd’hui, métaphore des rapports complexes et ambivalents qu’entretiennent les Etats-Unis et son pays natal, l’Egypte. Ainsi, en alternant flash backs sur la jeunesse et les amours de Yéhia (le double de Chahine dans le film) et moments de retrouvailles dans le New York contemporain, le réalisateur exprime ses regrets quant à une époque qui fut celle de ses vingt ans. L’incompréhension à laquelle Yéhia se heurte lorsqu’il tente de dialoguer avec son fils, élevé depuis toujours dans la culture américaine, est représentative de cette même incompréhension qui régit de nos jours les rapports Egypte – Etats-Unis. Comment comprendre, en effet, que l’Amérique qui a conduit le cinéaste (Yéhia – Youssef) au succès puisse soutenir à présent Ariel Sharon ? Comment comprendre cette mutation des productions hollywoodiennes, qui des comédies musicales avec Fred Astaire sont passées aux blockbusters où les Etats-Unis aiment à toujours paraître comme les sauveurs de l’humanité ?

Si Alexandrie... New York soulève avec pertinence les problèmes posés par ce sentiment de double appartenance (à la fois à un pays natal, ici l’Egypte, et à une Amérique qui n’existe plus), le film pâtit d’une mise en scène dont l’aspect kitsch hautement revendiqué par le cinéaste conduit rapidement à l’indigestion. Les scènes dansées et chantées sont souvent trop longues, les couleurs criardes et les décors cartons-pâte agressent l'oeil, et la complaisance dans le mélo est épuisante. Youssef Chahine s’égare, finalement, dans une histoire d’amour assez conventionnelle et réalise un film sans doute trop larmoyant et laborieux pour susciter chez le spectateur une quelconque émotion.