Gozu

Film japonais de Takashi Miike

Avec Hideki Sone, Sho Aikawa,Kimika Yoshino


Festival de Cannes 2003 - Quinzaine des réalisateurs


Par Christophe Chauvin
 
Sortie le 14-07-2004

Durée: 2h07

 

Welcome to the Miike's world

Présenté l'an dernier en compétition à la Quinzaine des réalisateurs, Gozu est le film le plus déconcertant du réalisateur. Dans un Nagoya apocalyptique et surréaliste, Miike nous amène aux confins de son univers... trash, très trash !

Gozu est ce que l'on pourrait appeler, plutôt que « film », un OVNI : Objet Visuel Non Identifié ! En effet, Miike, encore plus ici que dans ses films précédents, s'amuse à faire exploser la notion même de cinéma. Le montage multiplie les faux raccords et ne semble suivre aucune logique au sein des séquences. Le film lui-même est constitué d'une succession de séquences très lentes (à l'opposé de Dead or Alive) n'ayant pratiquement aucun rapport entre elles, si ce n'est le changement de lieu régi par le trajet du « héros ». Le réalisateur semble ainsi s'amuser à surprendre, certes, mais surtout à massacrer mise en scène et esthétique clinquantes pendant tout le film pour mieux attirer l'attention du spectateur sur les apparitions surréalistes elles-mêmes.

Ainsi Gozu est un « film » pulsionnel : semblant régi de bout en bout par les pulsions sexuelles, sado-masochistes, scatologiques de Miike, il rassemble la plupart des caractéristiques ou thématiques développées par le réalisateur dans ses autres films à savoir : la volonté de surprendre à tout prix, la violence poussée jusqu'à la nausée, le délire visuel entre réalité et fiction, la fascination pour la femme et les liquides corporels...
Si le « film » se présente pendant deux heures comme une lente hallucination proche de Twin Peaks, la dernière séquence, en totale rupture avec le reste, est un summum de virtuosité, condensé exemplaire du cinéma de Miike et digne des meilleurs films de Cronenberg...

S'il est difficile de suivre le réalisateur dans ses envolées délirantes et nihilistes, c'est dans la mesure où Gozu est constamment sur le fil du « n'importe quoi » et du « je me fous bien de toi là, hein ?! ». Non sans provocation, Miike pose à nouveau la question des limites de l'art. On regrettera néanmoins la lenteur et la pauvreté de certaines scènes qui, en voulant jouer à fond la carte de l'absurde, finissent par plomber le « film ».

Inclassable et éclectique, cet OVNI est à l'image de la filmographie de Miike.

Plus détestable qu'aimable, mais surtout intéressant pour savoir ce que fait un fou avec quelques acteurs, un peu de pellicule et une caméra !