Folle Embellie

Film français de Dominique Cabrera

Avec Jean-Pierre Léaud, Miou-Miou, Marilyne Canto, Morgan Marinne...


Festival de Berlin 2004. Prix du jury oecuménique.


Par Mikael Buch
 
Sortie le 07-07-2004

Durée: 1h50

 

A la folie, pas assez...

Un film sur des malades mentaux laissés en liberté au moment où les nazis entraient en France. Le film commence avec une sorte de musique hollywoodienne. « Oh, mon dieu ! Encore du psychologisme larmoyant… » se dit-on en voyant un premier plan aérien de l’asile. Et bien, Cabrera nous surprend en étant là où on ne l’attendait pas, en se lançant dans un pari fou qui n’est malheureusement pas tenu jusqu’au bout.

Chacun sa folie. La principale qualité du film est indiscutablement celle d’avoir su fuir le psychologisme et le « cas clinique » pour privilégier une construction des personnages plus libre et insolite. C’est ainsi que Jean-Pierre Léaud, Miou-Miou, Yolande Moreau et les autres ont la possibilité de donner beaucoup d’eux-mêmes, de construire une folie qui leur ressemble ou du moins, une folie à leur mesure. Toujours entre le ‘trop’ et le ‘pas assez’, Léaud réalise sa meilleure interprétation depuis des années.

Une nouvelle société. Cabrera a conçu pour cela son cadre comme un espace vierge que ces ‘fous’ se réapproprient. Perdus dans les bois, le groupe se réinvente une société, des lois, une hiérarchie… La difficulté de réalisation est évidemment celle de filmer un groupe et non pas seulement une somme d’individus, et  c'est une réussite.

Reconstitution historique. C'es le son des bombes qui nous rappelle que nous sommes en pleine guerre et cela suffit. Cabrera réalise avec peu de moyens une reconstitution historique nettement plus convaincante que celles que peut réaliser avec d’énormes sommes quelqu’un comme Luc Besson.


Les corps sans paroles. Il y a des corps qui bougent, qui partent en exil, des corps qui luttent contre leur folie, qui se laissent porter par elle, des corps qui s’aiment et des corps qui se frappent. Cabrera se passe quasiment de mots. Il est rare dans le panorama cinématographique français de nos jours, de voir une fiction avec aussi peu de dialogues. Le dialogue semble être devenu essentiel ne serait-ce que pour des raisons financières – un film sans dialogues pourra par exemple difficilement être vendu à la télévision. Cabrera fait ce pari courageux.


Une sensation d’inaboutissement. Dominique Cabrera  recherche un moment de grâce qu’il ne parvient jamais à trouver véritablement. De ce point de vue , nous sortons de voir Folle Embellie avec une certaine frustration, comme si nous avions frôlé du bout des doigts quelque chose de magnifique qui ne nous est finalement pas donné. Au bout de presque deux heures, Cabrera semble ne pas trop savoir comment finir son histoire et l' intérêt s’effiloche. En somme, une mise en scène étonnante et juste pour un scénario qui se révèle assez faible au niveau de sa construction. On a envie d’aimer cette embellie pour son courage et son originalité, on lui en veut cependant de ne pas avoir été suffisamment folle pour tenir ses promesses jusqu’au bout.