Godfather and sons

Film français de Marc Levin

Avec Marshall Chess, Chuck D., Jamar Chess, Phil Chess, Koko Taylor, Mrs. Willie Dixon, Magic Slim, Common, Sam Lay, Mike Bloomfield, Morris Jennings, Phil Upchurch, Louis Satterfield, Gene Barge, Pete Cosey, Kyle, Juice, Bob Koester


Documentaire


Par Morgane Perrolier
 
Sortie le 30-06-2004

Durée: 1h36

 

Antidote

Sixième des sept films de la série The Blues produite par Martin Scorsese, Godfather and sons suit la légende du hip-hop de Chuck D. (du groupe Public Enemy) et Marshall Chess (fils de Leonard Chess et héritier de Chess Records) sur les traces de la grande époque du Chicago Blues. Après une escapade à Chicago, ils décident de produire ensemble un album qui réunit les vétérans du blues, des musiciens hip-hop contemporains comme Common et les membres du collectif The Roots.


Si les cinq précédents films de la série se sont révélés être relativement décevants, ce documentaire de Marc Levin s’inscrit pour sa part dans une problématique intéressante. Il s’agit, dans Godfather and sons, d’examiner les rapports entre le blues et les différents genres de la musique noire – particulièrement le hip-hop. Or a priori, tout sépare ces domaines. Le blues était avant tout, même dans ses développements urbains, une forme de chanson rurale individuelle, commentant l’époque de la ségrégation raciale. Le hip-hop, contrairement au blues, est souvent collectif et n’est pas construit autour d’une guitare électrique, mais autour de platines et de technologies numériques. Cependant, et c’est ce que démontre le cinéaste, il y a bien filiation. En partant d’un album (Electric mud, produit en 68 par Chess Records) et de l’influence qu’il a eu sur l'oeuvre de Chuck D., Levin cherche à comprendre ce qui, dans le blues, a tant fasciné les rappeurs des générations suivantes. Dans le film, une séquence au Blues and Jazz Recort Mart éclaire la question : l’artiste hip-hop Juice examine de vieilles pochettes de disques ; même ambiance clinquante, même esprit tape-à-l’½il, mêmes personnalités, remarque-t-il. D’artistes en artistes, le réalisateur clôt Godfather and sons par une rencontre entre les anciens musiciens d’Electric Mud et des rappeurs d’aujourd’hui, apothéose finale où grands-pères et petits-fils se trouvent enfin. L’expérience donnera lieu à un album mêlant mélodies du passé et rythmes actuels. Si le documentaire pâtit d’un manque certain de construction, se traîne en longueur (inutile par exemple de répéter plusieurs fois la séquence où Roko Taylor chante dans le bar), et est visuellement assez médiocre (la perche apparaît très souvent à l’écran et l’alternance noir et blanc/couleur n’est pas ici de très bon goût), la spontanéité des personnes filmées (Marshall Chess est définitivement quelqu’un de terriblement sympathique) et la qualité des musiciens en font un film défendable. Car à l’heure où nombre de producteurs exploitent des pseudos-talents et s’en mettent gracieusement plein les poches au détriment d’un travail artistique de qualité, l’amour de la musique qui ressort de Godfather and sons et l’enthousiasme des participants font de ce film un antidote puissant aux popstars d’un jour qui envahissent actuellement les ondes.