L'Armée des Morts
Dawn of the Death

Film américain de Zack Snyder

Avec Sarah Polley, Ving Rhames, Jake Weber, Mekhi Phifer


Sélection officielle Cannes 2004


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-06-2004

Durée: 1h40

 

J’avoue mon peu d’enthousiasme pour ce film dont on se demande pourquoi il figurait en compétition officielle dans un festival qui n’est pas dédié spécialement au gore et à l’horreur (quoique, parfois, on a des doutes.) Comment imaginer un instant une récompense pour cette mascarade, même avec le facétieux Tarantino comme président du Jury ?
 
Pourquoi sélectionner ce remake deuxième génération d’une honnête série B de George A. Romero (Zombie,1979), qui était déjà une resucée de son chef d’œuvre : La Nuit des Morts-Vivants (1968) ? Lui, au moins, vous garantissait quelques cauchemars jusqu’à la fin de la semaine. Cette efficace terreur était obtenue avec de petits moyens, une image en noir et blanc, un son mono et des acteurs inconnus qui se réfugiaient dans une fermette que quelques volets disjoints tentaient de protéger de l’invasion des créatures échappées du cimetière. Brrr... aucun spectateur ne pouvait ricaner durant cette nuit de cauchemar mémorable.

Aujourd’hui, changement de décor : Zack Snyder, dont c’est le premier long métrage, vient de la pub. Comme dans Zombie, il a situé l’action dans un grand centre commercial déserté (ce qui permet, comme par hasard, aux logos de Nike ou Panasonic d’apparaître innocemment dans les vitrines) où s’est réfugié un groupe de rescapés, surarmé comme s’il allait faire du shopping à Bagdad. Comme ces survivants n’hésitent pas à faire usage de leur artillerie durant 1 h 40 pour tuer des morts (?!), j’ai beaucoup plaint le pauvre monteur son qui a dû caler au moins 43210 gunshots, pendant des mois, pour tenter d’enrayer l’invasion des ressuscités qui surgissent de partout. Une morne lassitude vous gagne devant ces massacres répétitifs, ces centaines de têtes qui éclatent, ces milliers de litres de sang qui vous éclaboussent et ces véhicules affolés qui font du bowling avec les piétons morts-vivants. Malheureusement, la courbe de la progression dramatique est comme l’encéphalogramme d’iceux : désespérément plate.

Et soudain, une étrange bobine se glisse, comme par erreur, au milieu de cet abattoir et laisse espérer un revirement dans le traitement monotone de la terreur : les survivants commencent à rire d’eux-mêmes et de leur situation, tandis qu’une musique de variétés guillerette remplace les sempiternelles tenues de corde censées alimenter l’angoisse. L’espoir renaît chez le spectateur somnolent qui imagine une volte-face inattendue du scénario vers la dérision. Hélas, cette embellie dure peu et le film repart lourdement sur ses rails jusqu’à un dénouement abracadabrant et un générique de fin d’une lourdeur pathétique. Monsieur Rubinstein, producteur du film de George A. Romero, vit une retraite dorée grâce aux vingt millions de dollars qu’ont rapportés Zombie. Il était réticent pour céder les droits de remake qu’il possédait et déclarait : « Je crois que si le film de George a eu un tel impact, c’est tout simplement parce qu’il a été écrit, tourné et produit hors des majors hollywoodiennes. » On ne peut mieux dire. Il ne s’est malheureusement pas convaincu et a, finalement, revendu les droits... Quant à George A. Romero, on ne sait pas ce qu’il pense de tout cela. Le jour où son nom apparaîtra dans la rubrique nécrologique, je n’en mènerais pas large si j’étais à la place de Zack Snyder. Brrr...