Inguélézi

Film français de François Dupeyron

Avec Marie Payen, Eric Caravaca





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 26-05-2004

Durée: 1h37

 

Ma petite entreprise...

Dans la région de Carcassonne, une jeune veuve ne peut supporter le deuil qui vient de la frapper et recueille un émigré kurde clandestin, rescapé d’un accident qui a tué ses compagnons. La barrière de la langue limite leurs rapports et fait du récit un film quasiment muet. Le Kurde fait comprendre qu’il voulait se rendre en Angleterre ( =  Inguelezi.) La jeune femme, devant le vide de sa nouvelle existence, finit par accepter de lui faire passer la Manche clandestinement.

Je voudrais souligner cette très intéressante tentative de François Dupeyron, cinéaste qui alterne le bon et le moins bon, mais qui a le mérite de ne se laisser enfermer ni dans un style, ni dans un système. La démarche d’Inguelezi rappelle celle d’Alain Cavalier, initiateur d’un cinéma minimaliste et solitaire s’appuyant sur les performances de la caméra DV. Moins radical que lui, Dupeyron fait appel à d’excellents acteurs professionnels (Marie Payen et Eric Caravaca qui joue un Kurde plus vrai qu’un vrai) et, confiant la prise de vues au chef opérateur (et réalisateur) Yves Angelo, il nous propose un film d’une grande liberté d’écriture où l’action semble captée sur le vif par une caméra omniprésente, dans une très belle lumière naturelle : soulignons, au passage, la qualité photographique obtenue désormais en 35 mm à partir des éléments DV.

Dommage que le film ne soit pas parfaitement abouti, surtout dans la dernière partie londonienne, étrangement dépourvue du style cursif et efficace qui caractérisait les séquences françaises. Le récit se délaye, le montage s’amollit à court d’inspiration, et la caméra finit par donner le tournis à force de panos filés allant chercher vainement des événements ou des réactions hors champ. Jusqu’alors, avec une rigueur appréciable, nous n’en savions pas plus que l’héroïne, puisque le film ne comporte aucun sous-titrage. Mais arrivé à Londres, notre Kurde se fait tabasser par des compatriotes qui le délestent d’un colis qu’il trimballe (du hasch ?) dans un déluge de dialogues non traduits qui nous éclaire peu sur la nature de leurs relations. Ces quelques dérapages ne doivent cependant pas condamner l’intérêt que présente ce film pour deux autres raisons :

1 - Il a été mis en chantier en même temps que le roman éponyme écrit par le même François Dupeyron (roman qu’il a achevé après les mixages et qui sortira cet été). Il ne s’agit donc pas d’une banale adaptation mais de deux créations originales simultanées.

2 - Le réalisateur n’a fait tirer que DEUX copies (stratégie d’Alain Cavalier) qui sont projetées à Paris dans deux petites salles durant quatre semaines, en espérant que le bouche à oreille prendra le relais et assurera une carrière normale à sa petite entreprise. Ce serait bien miraculeux qu’il gagne ce pari risqué face aux 8OO copies des blockbusters hebdomadaires. Aussi, aidons-le en allant voir son film.