La planète des singes

Film américain de Tim Burton

 

 

O rage ! ô désespoir ! Tim Burton, le monstre génial du cinéma américain capable de faire des films personnels aussi sombres qu’ironiques au sein des grands studios, a fini par plier sous leur poids… On ne peut malheureusement pas crier à l’imposture : c’est bien un film de Tim Burton mais malgré des thèmes qui lui sont chers
(le fantastique, la différence, l'incompréhension menant à l’intolérance…) et un univers visuel toujours aussi époustouflant, on ne reconnaît que trop peu l’enfant terrible d’Hollywood derrière ce film qui s’annonçait très excitant et se révèle paradoxalement très conventionnel. On regrette qu’il n’ait pas fait preuve de plus d’intransigeance face à ses scénaristes (celui de Seul au Monde et ceux de Mon ami Joe…), qui lui ont pondu un script miné par les poncifs hollywoodiens, des personnages creux et des dialogues frôlant parfois le ridicule.

Les messages plus ou moins originaux du film sont délivrés de manière plus ou moins subtile : le motif de la tolérance, toujours présent chez Burton et traité jusqu’ici avec talent, devient ici poussif. Par contre,
la réflexion sur l’idée d’évolution – de révolution, même (du singe à l’homme, de l’homme au singe, de la croyance à la science…) – est très intéressante.

Mais si l’humour et l’ironie ne sont pas absents du film – loin de là
 (le début est un hommage amusé à Star Wars et 2001, les hommes et les singes voltigent gaiement de tous côtés lors des bagarres pour notre plus grand plaisir et la pirouette finale, différente de celle du film de Schaffner, est réjouissante) –, Burton a sérieusement perdu de sa verve. Il se rattrape heureusement sur le visuel, réalisant les scènes d’action avec une efficacité redoutable et développant une esthétique particulièrement réussie. Grâce au travail remarquable de ses décorateurs, de ses costumiers et de son chef-op Philippe Rousselot, qui font de la planète des singes un univers typiquement burtonien. Mais aussi et surtout grâce au soin extrême porté aux personnages de singes, des maquillages étonnamment expressifs du maître Rick Baker au comportement simiesque saisissant des acteurs.

Les acteurs, parlons-en : Mark Wahlberg, par sa solide présence, prouve une fois de plus (après sa magnifique prestation dans The Yards) qu’il n’est pas le beau gosse pour midinettes que l’on croit.
Tim Roth, en méchant chimpanzé, en fait des tonnes, mais le résultat est saisissant : jamais un acteur n’avait atteint à ce point l’animalité pure. Helena Bonham Carter, qui bénéficie sans doute du rôle le mieux écrit et le plus burtonien du film, est formidable, à la fois sensible et insolente, émouvante et drôle. Quant à la pauvre Estella Warren, dans le rôle de potiche le plus désolant de l’Histoire du Cinéma, sa meilleure prestation restera sans doute celle du Petit Chaperon rouge dans la pub de Besson pour Chanel n°5.

Que dire, finalement, sur cette Planète des Singes version 2001 ?
Si Tim Burton déçoit, il fait cependant preuve une fois de plus, après le magnifique Sleepy Hollow, de sa virtuosité visuelle. Et si son script comporte de nombreuses faiblesses, certains aspects le font malgré tout surpasser la moyenne des films hollywoodiens, faisant de La Planète des Singes un honorable film de science-fiction et un bon film américain.