Comme une image

Film français de Agnès Jaoui

Avec Marilou Berry, Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, Laurent Grevill, Alice Fagard


Cannes 2004 - Prix du scénario


Par Simon Legré
 
Sortie le 22-09-2004

Durée: 1h50

 

... Un peu trop sage

Après le triomphe national du Goût des autres, qui traitait déjà du conformisme culturel, Agnès Jaoui revient derrière la caméra, bien entendu accompagnée à la plume de son acolyte de toujours, Bacri le bougon. A deux, ils nous ont cette fois pondu une nouvelle comédie de moeurs à l'écriture forcément cinglante, articulée à la virgule près par des répliques rodées au cordeau, tendue comme une ficelle de string et mise en bouche par une série de comédiens déconcertants de vérité.

Mais si Un air de famille, On connaît la chanson, Le goût des autres présentaient des portraits de groupe, Comme une image, fresque chorale de personnages (des éclopés affectifs, des êtres en manque de repères et de reconnaissance sociale), tricote avant tout le parcours initiatique de Lolita, ado tristement corpulente, maladivement transparente (la touchante Marilou Berry) victime de la tyrannie détournée de son père, écrivain reconnu (Bacri, au-delà du prix d'interprétation), mais véritable autocrate domestique, qui ne peut concevoir l'investissement émotionnel que sa brave progéniture voue au chant. Nous avons donc deux récits, presque deux films, qui s'entrecroisent : l'un qui sonde les conséquences désastreuses de la reconnaissance médiatique, l'autre qui s'attarde sur la lente montée vers la lumière de cette jeune fille trop dodue qui se départit grâce à l'art de la pression normative ambiante (cette fameuse « dictature de l'image »). S'il y a bien fluidité des mises en situation, le problème de cette acide comédie des apparences qui fait tomber les masques, c'est, étonnamment, l'écriture des Jabacs, qui mécanise la succession des événements au même titre qu'elle schématise la caractérisation des personnages. Les situations s'empilent les unes sur les autres - certes avec vérité - mais, malheureusement, sans vraiment surprendre. Cette chronique douce-amère des petites lâchetés quotidiennes finit malheureusement par plus lorgner du côté de Claude Sautet (période 70) que de celui auquel ces pourfendeurs déchaînés nous avait habitués. Sans risque, la mise en scène de Jaoui ne trouve pas l'axe d'approche nécessaire pour singulariser le brassage ambitieux de ces thématiques qui perdent alors en virulence. Certes, l'ensemble est enlevé, toujours bien vu. Mais on aurait peut-être aimé ne pas avoir à souffrir la fragrance consensuelle qui émane de cette contre-performance scénaristique accidentelle à n'en pas douter.