Le peuple migrateur

Film franšais de Jacques Perrin

 

 

Il semble que les spectateurs ne se précipitent pas à tire-d’aile pour contempler la terre vue du ciel, en compagnie de perdrix ou d’escadrilles de canards en route vers le pôle. Evidemment, le scénario est un peu mince et les acteurs assez monotones : battre des ailes interminablement durant 90 minutes et 10000 km pour aller pondre quelques œufs dans l’Arctique et s’en retourner, sitôt fait, vers son point de départ ne donne guère de sens à l’existence et alimente nettement le doute sur l’existence de Dieu… Il faut avoir vu l’air hagard et inquiet de tous ces volatiles, l’œil rond et fixe, crawlant sans cesse dans l’espace, pour être envahi progressivement par une angoisse qui évoque des Sisyphe ailés : "que suis-je ? d’où viens-je ? où cours-je ?" se demandent-ils, de toute évidence, durant ces interminables trajets.

La réponse n’est, malheureusement, pas dans le film. On ne saura jamais pourquoi tant d’espèces sont condamnées à migrer pour se reproduire, alors que d’autres sont sédentaires. Le commentaire très succinct de Jacques Perrin n’a aucune volonté pédagogique, ce qui est dommage pour notre culture, mais plutôt positif pour la qualité artistique du spectacle qu’il nous offre. La réalisation accumule les impossibilités de prises de vues pour les surmonter avec élégance et innombrables sont les plans qui laissent stupéfait. La patience et la ténacité des preneurs d’images et de sons, l’ambition et la difficulté du projet ne méritent que des éloges. Mais un long métrage n’est-il pas démesuré pour maintenir notre intérêt ? On s’habitue vite au tour de force qui consiste à voler au milieu des oiseaux et, passé les premières minutes, on s’installe dans ce miracle et on attend autre chose. Dans un genre voisin, Microcosmos avait mieux résolu le problème de la scénarisation, mais Le Peuple migrateur demeure un exploit qui mérite, malgré ces quelques réserves, d’être vu.