Breaking news

Film allemand de Johnie To

Avec Kelly Chen, Richie Jen , Nick Cheung


Sélection officielle festival de Cannes Hors compétition


Par Frédéric-Pierre Saget
 

Durée: 1H40

 

A Hong Kong, une bande de malfaiteurs vient de s’échapper sous le nez de la police et sous les yeux d’une caméra de télévision. Mauvaise publicité pour la police hong kongaise. Elle s’empresse de retrouver les malfaiteurs en tentant de redorer son image auprès des médias. Les policiers parviennent à les rattraper dans un immeuble mais l’opération de capture, filmée en direct, ne se passe pas si bien que prévu. S’engage alors un âpre combat entre policiers et malfrats, façon Piège de cristal. Pour les deux camps les images sont aussi meurtrières que les balles.
Le comité de sélection de Cannes a décidé de passer ce film le vendredi soir, à minuit et demi, en séance spéciale, pour rendre compte du travail du «plus grand réalisateur de film d’action hong kongais». Effectivement, le film s’ouvre sur une tuerie de cinq minutes filmée en un plan séquence. La caméra se promène entre les tireurs, puis s’envole, puis revient dans la mêlée. Nous nous rendons bien compte du travail de Johnie To, un travail très efficace, quoique un peu surfait. Puis, ces cinq minutes passées, nous découvrons surtout que Breaking News n’a rien d’extraordinaire : si le meilleur de l’action hong kongaise, c’est cela, à quoi doivent ressembler les autres ?
Le véritable problème de Johnie To qui, ne lui enlevons pas cela, filme tout de même avec brio des séquences dynamiques où se mêlent sang et flammes, est qu’il tente, avec Breaking News, de s’inscrire dans la veine désormais classique, mais néanmoins glissante et risquée, du film d’action intelligent. Transformer le film du samedi soir en objet porteur d’une problématique et d’une réflexion forte n’est pas chose aisée, beaucoup ont essayé, comme les frères Wachowski, et n’ont rien produit de bien intéressant. La tentation, dans ce cas, est de trouver un discours, n’importe lequel, pourvu qu’il fasse réfléchir et, souvent, nous assistons à un film où l’idée est on ne peut plus consensuelle. Ici, cela porte sur les médias et donne une resucée des idéologies nébuleuses d’un homme d’affaires hong-kongais licencié la veille et flambé au saké dès huit heures du matin et, accessoirement, de Mad city, film qu’il vaudrait mieux flamber, lui aussi, au saké. Donc, de longs discours, une satire consensuelle qui gâche notre plaisir sain d’assister à un film divertissant. Il faudra bien, un jour, arrêter d’injecter de force de la pseudo-intelligence dans les films d’action et se contenter du sous-genre dans lequel on travaille en comprenant que réussir un film d’action est déjà bien assez difficile. Dommage, nous sentions le talent sous jacent de Breaking News.