Le petit poucet

Film français de Olivier Dahan

 

 

J’ai vu Le Petit Poucet d’Olivier Dahan en avant-première. C’est dommage, mais c’est vraiment raté. Ça commence plutôt pas mal, sans esthétisation outre mesure (même si le premier plan, plein d’étoiles scintillantes et d’images nébuleuses, accompagné de la voix off de Michel Duchaussoy annonçant un flash-back inutile, est gratiné). Les décors en studio sont très beaux, sauf les papiers peints rouge vif du ciel crépusculaire et la maison de l’ogre. Mais, niveau costumes, c’est un bric-à-brac incroyable : paysans et pillards sont au Moyen Age ; le méchant soldat évoque l’heroic fantasy gothique (c’est un personnage inventé par Dahan, joué par Samy Nacéri, nullissime et ridicule, qui croit que pour faire méchant, il suffit de crisper la mâchoire, froncer les sourcils et gueuler sans que personne ne comprenne rien) ; les notables du royaume sont plutôt style Renaissance ; l’ogre et sa femme (Elodie Bouchez, aussi nulle) sortent d’on ne sait où, lui ressemblant à la Bête du Pacte des loups, elle à un corbeau géant ; et la reine Deneuve sort tout droit de Disneyland, château assorti.

Après la mise en scène se met à nous soûler de ralentis plombants et d’effets spéciaux ridicules (la scène des bottes de sept lieues est horriblement laide et risible). Après Déjà mort, pas mal du tout mais superficiellement réalisé, l’ex-clippeur Olivier Dahan confirme qu’il ne maîtrise même pas l’esthétique " à la mode ". A l’instar du Pitof de Vidocq, Dahan n’a pas la maîtrise technique des réalisateurs de " films de genre à gros budget français " (Kassovitz, Gans, Jeunet : qu’on les aime ou pas, on ne peut nier leur talent).

Les dialogues, pourtant bien écrits, sont beaucoup trop explicatifs et frisent le ridicule, tant ils sont indicibles par des acteurs au cinéma (ça passerait mieux chez les marionnettes). Les dits acteurs sont tellement nombreux qu’aucun ne marque vraiment, sauf peut-être Romane Bohringer, dans le rôle de la mère, et la jeune fille (dont le nom m’échappe) qui joue Rose (autre personnage inventé par Dahan) et qui frappe par sa beauté et sa forte présence. Nils Hugon, dans le rôle de Poucet, est touchant, mais il a beau avoir le rôle titre, il ne laisse pas le plus grand souvenir. Sinon tous les amis du réalisateur, dont certains déjà vus dans Déjà mort, sont là : Carlo Brandt, Isaac Sharry, Saïd Taghmaoui, Clément Sibony, Romain Duris (tous affublés de ridicules fausses moustaches) et les sus-désignés Nacéri, Bouchez et Bohringer. Deux Robin des Bois viennent même faire une apparition dans une scène d’un comique lourdingue.

C’est peut-être un détail insignifiant, mais à un moment l’un des personnages s’exclame : " C’est ça. Et moi j’ai connu Jeanne d’Arc. " Vous savez ce que m’a répondu le réalisateur, lorsque je lui ai dit que cette phrase évoquant l’Histoire de France (comme certains des costumes, d’ailleurs) était en contradiction avec l’univers merveilleux du conte ? Que ça venait d’une anecdote : que l’acteur, qui sortait du tournage de Jeanne d’Arc de Besson, avait sorti ça " par fatigue ", et que comme ça le " faisait marrer ", il l’avait gardé au montage… Pour moi, c’est révélateur de l’état d’esprit du projet : c’est en fait presque un " film entre potes " (cf. la liste d’amis acteurs précédemment cités) où on profite d’un budget confortable (67 MF, ce qui n’est pas énorme, mais conséquent tout de même) pour se marrer un bon coup dans un studio, histoire de se prouver qu’on est dans le milieu du cinéma, et sans souci de cohérence : à mon sens, cette petite phrase, qui pourrait passer inaperçue, fout tout le film en l’air.

Est-ce si catastrophique ? N’y a-t-il pas quelque chose à Sauver ? me demanderez-vous. Si, quand même. La très jolie musique de Joe Hisaishi (compositeur attitré de Kitano)… et puis la belle affiche.