Innocence

Film japonais de Mamoru Oshii
Sélection officielle festival de Cannes 2004


Film manga


Par François-Xavier Rouyer
 

 

On n'a plus qu'à attendre les copieurs

Mamoru Oshii est de retour ! Le réalisateur visionnaire de Ghost in the Shell, manga mythique, contenant au bas mot 75 % de l’univers matrixien et d’Avalon, film d’anticipation également très proche de Matrix mais beaucoup plus exigeant et rigoureux, donc plus difficile d’accès que ce dernier, nous livre son nouvel opus : Innocence ou Ghost in the Shell 2. Si Ghost in the Shell et Avalon était plus ou moins compréhensibles, on touche à l’abstraction avec Innocence.

Résumer l’histoire relève de la gageure tellement elle est obscure même si, comme pour Ghost in the Shell, ce film est adapté d’un manga. On comprend vaguement que Batou, mi-cyborg, mi-humain, enquête sur une drôle de poupée hacker qui pirate des circuits électroniques. Après, on se laisse porter par les images et quelles images !
D’une puissance visuelle proche du jamais vu, Innocence est un étonnement de chaque instant pour les yeux. Même si la ville futuriste est vue de manière assez classique, donc post-apocalyptique, les images parviennent à renouveler totalement notre imaginaire. On assiste parfois, béat, à des feux d’artifices visuels, des délires d’explosions d’images, notamment lors de la triple séquence onirique du labyrinthe pour rentrer dans la maison d’un pirate. Dommage qu’on ne comprenne strictement rien à ce qui se passe à ce moment. Mamoru Oshii atteint un niveau jamais égalé dans le mélange des prises de vues réelles et des séquences d’animation. Des images filmées sont insérées dans des dessins et vice-versa. Parfois, des flashs, presque en image subliminale, en prise de vue intégralement réelles, sont intercalés entre des plans d’animation.
Le réalisateur japonais parvient une fois de plus à révolutionner un genre, même si, et c’est bien dommage, le scénario est trop opaque, prétexte à de longues tirades pseudo-philosophiques. Mais nous sommes loin ici des tirades matrixiennes puisque Mamoru Oshii n’enchaîne pas les références mais tente plutôt de penser le monde de demain et ses bugs informatiques qui deviennent alors problèmes humains. Il développe par exemple une idée extrêmement intéressante lorsque, lors d’une séquence d’action, on voit un programme informatique faire des calculs symbolisés dans une colonne en trois dimensions. Comme si le moyen le plus vrai de montrer l’action était de montrer de vulgaires chiffres évoluer et dicter les actions des cyborgs qui se battent.
De nouveau extrêmement novateur et précurseur, Mamoru Oshii surprend. Il livre un film magnifique visuellement, quasi-incompréhensible d’un point de vue du scénario; qu'importe les futurs films de science-fiction des cinq voire dix prochaines années nous l'expliqueront. Un film très difficile d’accès mais un futur film culte, assurément.