La Nina santa

Film argentin de Lucretia Martel

Avec Mercedes Moran, Carlos Belloso


Séleection officiel Festival de Cannes 2004


Par François-Xavier Rouyer
 

 

Les feux de l'amour

La Nina Santa est un film assez difficile d’accès. Lent, esthétiquement assez laid, il peut apparaître à première vue comme une monotone étude psychologique concernant des êtres à la dérive. Force est pourtant de reconnaître que ce film est bien plus que ça.
Chronique de la vie d’une petite communauté rassemblée lors d’un congrès de médecins, La Nina Santa décrit les relations qui se nouent entre les médecins, le personnel, les enfants des uns et des autres mais surtout entre une jeune fille et un docteur marié et père de famille qui intéresse beaucoup la mère de la jeune fille… Sujet glissant, donc, mais la réalisatrice de la Cinenaga parvient à éviter les clichés et s’abstient surtout d’émettre tout jugement. C’est en cela que le film touche vraiment le spectateur puisque c’est à lui de se débrouiller avec ce qui lui est montré, les situations touchant toujours plus ou moins à l’immoralité. Le spectateur se retrouve alors comme pointé du doigt s’il tente d’émettre un jugement, la réalisatrice parvenant presque à faire un film « objectif », ce qui lui permet également d’éviter un film sur la tolérance pour la différence.
La réalisatrice se permet néanmoins de s’attaquer à des sujets sensibles ( quittant alors le domaine de l’objectivité) telle que l’éducation religieuse. Durant quelques séquences dispersées tout au long du film, nous assistons aux cours de catéchisme des jeunes filles. Une jeune femme froide et belle tente d’expliquer la Bible aux demoiselles, ne parvenant pas toujours à se dépêtrer des contradictions relevées par ces dernières et préférant alors éluder les zones d’ombres. Le cours tourne bien souvent en un bourrage de crâne sur le péché et en répétitions de psaumes qui perdent peu à peu leur signification. Les filles sont tantôt attentives, bercées par une douce idée de vocation potentielle, tantôt dispersées, plus intéressées par leur affaires d’adolescentes que par l’arche de Noé.
Reste que cette idée de vocation est très importante dans le film ( d’où le titre), qui est saint, qui ne l’est pas ? Qui le mérite ? Après tout qu’est-ce que la vocation ? Des questions qui restent sans réponse mais qui sont admirablement posées au travers d’un film néanmoins un peu long, à la limite de l’ennuyeux. Le cinéma peut-il se permettre d’être ennuyeux est une autre question.
La force de ce film tient au fait que l’on ne cesse de le revoir mentalement, l’interprétant différemment à chaque fois.