La femme est l'avenir de l'homme

Film coréen de Hang Sang-soo

Avec K. Taewoo, Y. Jitae, S. Hyuna...


En compétition officielle au festival de Cannes 2004


Par Morgane Perrolier
 
Sortie le 19-05-2004

Durée: 1h29

 

L'amour en faillite

Alors que les premières neiges tombent sur Séoul, Munho, professeur d’arts plastiques à l’université, retrouve son ami Hunjoon, cinéaste sans le sou de retour des Etats-Unis. Ils partent sur les traces de Sunhwa, jeune fille dont ils étaient tous les deux amoureux quelques années plus tôt.

 

Réussi et original, Turning gate, précédent film de Hong Sang-soo, mettait en scène une série de trentenaires désabusés sur fond de légende ancestrale. Dans son cinquième long-métrage, le réalisateur coréen reprend les mêmes thèmes et dépeint une génération désoeuvrée, qui ne trouve de remède à ses maux que dans l’alcool et les plaisirs de la chair. Le film pâtit malheureusement d’un scénario faible et mal construit. La fin manque à cet égard cruellement de piment : le spectateur, après avoir suivi le trio dans les méandres des relations de couple, attend une chute conclusive, et, finalement, est terriblement déçu. Les dernières images laissent l'intrigue en suspens, nous abandonnant insatisfaits. Il n’y a pas d’avenir, semble postuler le réalisateur – et si avenir il y a, la femme n’en est certainement pas le reflet. Toujours soumise au désir de l’homme, objet de convoitise, elle se voit ici successivement abandonnée par ses deux prétendants. La femme est l’avenir de l’homme véhicule une morale pessimiste et amère. Enfermés dans une logique individualiste, se complaisant dans un hédonisme exacerbé, les personnages restent fondamentalement seuls. Le nihilisme revendiqué par le personnage du professeur est, de ce point de vue, significatif. Dans une discussion tardive avec quelques-uns de ses étudiants, il soutient avec vigueur l’inutilité du tout savoir encyclopédique et demande aussitôt à une élève la date de son dernier rapport sexuel… C’est d’un monde décadent dont Hong Sang-soo fait ici la peinture, avec un réalisme dont la crudité froide et frontale laisse insensible.