All Night Bodega

Film français de Felix Olivier

Avec Jaime Tirelli, Tammy Trull





Par Clara Schulmann
 
Sortie le 12-05-2004

Durée: 1h30

 

Spanish Harlem en feu

Dans le quartier latino de New York, une jeune fille, vraiment jeune, Venus, quitte sa maison pour affronter le monde. Elle est à la fois fragile et débrouillarde, et cette ambiguïté fonde le film.

Venus est-elle déjà, par son histoire et son parcours personnel, une adulte qui joue à quitter, pour mieux y revenir, une enfance qu’elle a n’a pas vraiment connue ? D’ailleurs, l’ensemble des personnages qu’elle rencontre  n’ont jamais eu d’enfance, de regard étonné. Les enfants, dans le film, jouent avec des revolvers, et cela paraît presque naturel. Venus va connaître le pire, doucement, lentement, noyée dans cette ville grise où il fait froid, comme après un grand désastre : tout le monde est habillé de vêtements chauds, qui protègent. L’hiver semble n’avoir jamais de fin. Les rues sont vides ou presque, juste  quelques attroupements. Les intérieurs sont des abris, presque construits à la hâte, comme ils sont filmés. La caméra va vite, parce que Venus traverse ces espaces sans jamais s’y arrêter. Il y a la maison familiale, qui cache un secret : Venus n’y est pas chez elle, elle a été adoptée par sa tante qui l’héberge sans la comprendre. Après avoir quitté celle-ci, elle est recueillie par des ouvriers dans un appartement où vivent les uns sur les autres six ou sept personnes. L’épisode finit tragiquement, et remet Venus sur la route. Elle intègre alors un gang de filles ultra violent, et paie cher le refuge qu’on lui offre. Enfin, il y a l’appartement du type dont elle tente de tomber amoureuse : seul endroit chaleureux, où elle peut construire, si elle le veut, quelque chose.
Car le vrai souci de Venus, c’est elle-même et les démons qui semblent l’habiter. Le monde a beau être hostile, et dur, et froid, elle refuse d’y voir autre chose que la violence, qu’elle accepte, intègre, singe, apprend. Et cette adresse, cette habileté est la part la plus touchante d'un personnage pas vraiment sympathique. Une intuition, une capacité d’adaptation, une franchise un peu naïve, plus une féminité grivoise, un sourire désarmant : Venus est surprenante tout le temps, et donc dangereuse. C’est ce que semblent ressentir confusément ceux qui l’approchent. On nous raconte donc ici une descente aux enfers menée par un personnage qui veut en apprendre plus toujours de la vie, qui a une soif insatiable de connaissance, et qui a compris, avant les autres, que toute connaissance est source de souffrance et de douleur. Elle avance, imperturbable, vers un rendez-vous que la vie, et le film, semblent lui avoir tous deux fixé. La dernière scène, celle du choix, n’est évidemment pas une résolution, elle promet un autre film.