Là-haut (Un Roi au-dessus des Nuages)

Film français de Pierre Schoendoerffer

Avec Bruno Cremer, Claude Rich, Florence Darrel, Jacques Perrin





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 05-05-2004

Durée: 1h40

 

L'Adieu aux armes

Pierre Schoendoerffer a été profondément marqué par la guerre d’Indochine qu’il a faite comme caméraman aux Armées avant de se retrouver prisonnier des Viêt-Cong. Cette expérience vécue lui donne un droit certain d’évoquer ces événements douloureux. Après ses deux premiers films, bizarrement inspirés par Pierre Loti (Ramuntcho et Pêcheurs d’Islande), il réalisera sa remarquable 317e Section qui orientera définitivement presque toute sa carrière vers les sujets militaires comme le CrabeTambour, l’Honneur d’un Capitaine, Dien Bien Phu et Là-haut qu’il nous propose aujourd’hui. Il adapte ses propres histoires (souvent à partir de ses romans) ce qui  fait de lui  l’auteur intégral de ses films.

Il est évident que l’univers des (anciens) combattants qu’il décrit n’est vraiment guère à la mode dans ce pays où l’armée est plutôt un sujet de dérision (ou de rejet) avec son cortège de notions proclamées désuètes : honneur, patriotisme, courage, sacrifice, etc. On imagine plus volontiers des brutes casquées qui torturent, massacrent et détruisent, aux ordres d’un Etat (qui les désavoue ensuite en jouant le moralisateur effarouché.) Pourtant, c’est étrange, lorsque les cinéastes américains (Aldrich, Coppola, Altman, Kubrick, Fuller, entre autres) traitent les états d’âme de ces mêmes guerriers, nous rengainons nos ricanements et sommes attentifs aux crises morales que traversent ces G.I.’s casqués qui torturent, massacrent, etc. On peut craindre que Schoendoerffer ne bénéficie pas de cet intérêt. Evidemment, il ne présente pas ses personnages comme des tortionnaires à la retraite : ils ont tous eu des idéaux, plus ou moins trahis par «le sens de l’Histoire» et s’enfoncent à présent dans une vieillesse amère, entre deux rasades de whisky et deux crises de palu… Tout cela n’est pas très gai (dans tous les sens du mot.)

Il y a une idée intéressante dans la narration de Là-haut que, seul, le cinéma permet : l’utilisation des premiers films du réalisateur pour incarner réellement la jeunesse des personnages. Avec plus ou moins de réussite, le récit balance ainsi entre plusieurs époques qui utilisent les mêmes acteurs, puisque Schoendoerffer est resté fidèle aux comédiens de ses débuts : Jacques Perrin, Bruno Cremer, Claude Rich, Jacques Dufilho, qui bouclent ainsi la boucle entamée il y a un demi-siècle. Le principe est émouvant mais le résultat, qui s’appuie essentiellement sur les artifices du montage, reste acrobatique car les emprunts aux films du passé n’ont évidemment pas été scénarisés pour l’usage qu’en fait le film actuel, et pour cause.

La vrai faiblesse de ce film ambitieux me semble surtout résider dans le scénario improbable qui nous propose l’histoire d’un vieux cinéaste, ancien d’Indo, qui abandonne soudain son tournage en Thaïlande pour aller dans les hautes régions, Là-haut, retrouver un ancien compagnon d’armes, tel un roi au-dessus des nuages. Cette disparition suscite l’émoi des médias et nous suivons une jeune journaliste (assez peu aimable) chargée d’enquêter sur le disparu, ce qui l’amène à interroger le producteur du film interrompu, un vieux journaliste nostalgique de l’Indo, un pêcheur breton, un monteur de films, un colonel des Services secrets, un comédien, un vieil ecclésiastique, etc., guirlande de personnages «archétypés» qui dévoilent chacun une part de la personnalité du cinéaste disparu. Avec un schéma identique, Orson Welles a fait Citizen Kane mais, à l’évidence, Florence Darel n’est pas Joseph Cotten. J’arrêterai là les comparaisons.