Au loin, les lumières
Lichter

Film allemand de Hans-Christian Schmid

Avec Ivan Schvedoff, Anna Janowskaja, Sergej Frolov, Maria Simon





Par Morgane Perrolier
 
Sortie le 14-04-2004

Durée: 1h45

 

Très loin... Les lumières!

La réunification allemande et les accords de Shengen nous ont fait oublier combien une frontière peut déterminer l’existence de ceux qui veulent la franchir clandestinement. Quatrième film de Hans-Christian Schmidt, Au loin, les lumières relate plusieurs tentatives d’immigration de la Pologne vers l’Allemagne et dépeint le quotidien souvent bien sombre qui subsiste, malgré le rêve que suscitent les lumières de Francfort, sur la rive droite du fleuve Oder.


La caméra du réalisateur allemand suit, l’espace de 48 heures, une série de personnages en détresse. Dans un monde où chacun tente de survivre, entente et entraide sont impossibles. Prisonniers de cette logique du plus fort, tous essaient de rester à la surface, de sauver leur peau avant celle des autres. Si l’Allemagne apparaît, pour ce groupe d’ukrainiens caressant l’espoir d’un monde meilleur, comme le portail d’une nouvelle vie, leurs espérances se retrouvent vite confrontées à une triste réalité. Franchir le fleuve qui les sépare de l’eldorado occidental s’avérera, pour la plupart, irréalisable. Finalement, face à la misère, on ne peut guère compter sur son voisin ; au fond, dans la vie, c’est toujours chacun pour soi. La morale d’Au loin, les lumières est, en effet, empreinte d’un lourd pessimisme : bloqués dans des situations inextricables, les personnages ne parviennent à sortir de leur abîme quotidien qu’aux dépens de ceux qui le leur permettent (la jeune traductrice allemande qui aide un des clandestins à rentrer en Allemagne – seule action désintéressée du film ! - voit son altruisme bien mal récompensé : l’étranger lui vole l’intégralité de son matériel photo qui coûtait une fortune…). S’il renferme une dimension réaliste certaine (les acteurs sont bons et le choix de tourner caméra à l’épaule contribue à nous rendre plus proches des individus), le film reste toutefois formellement assez convenu, et son propos,  conventionnel. Les situations mises en scène ont, incontestablement, un petit goût de déjà vu. Le trio d’adolescents est, par exemple, passablement cliché (un beau blondinet musclé, sa petite copine paumée qui se rebelle contre son foyer d’accueil, le petit frère amoureux transi de ladite copine…). Hans-Christian Schmidt se cantonne à une vision de l’existence trop manichéenne pour nous rendre sensibles au destin de ses personnages, dont la psychologie manque, par malheur, cruellement de finesse.