Le Fils d'Elias
El Abrazo partido

Film argentin de Daniel Burman

Avec Daniel Hendler, Adriana Aizemberg


Prix d'interprétation Berlin 2004


Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 21-04-2004

Durée: 1h40

 

Y tu papa tambien !

Partir, qui en espagnol peut vouloir dire séparer, est le prélude à compartir (partager). L’abrazo du titre, embrassade et étreinte rêvée, est la ligne de fuite de ce film, primé à Berlin pour son interprétation.

Ariel (Daniel Hendler), jeune juif argentin dilettante, glane ça et là anecdotes et souvenirs sur son père, Elias, parti en Israël au moment de la guerre du Kippour.
Profitant de la veine du cinéma argentin ouverte récemment, Daniel Burman avait connu un petit succès dans l’hexagone avec Toutes les hôtesses de l’air vont au paradis, en 2003. La galerie marchande où évolue Le Fils d'Elias absorbe entièrement ses habitants : l’accumulation de minuscules événements, qui constitue le mouvement du film, est souvent la marque de fabrique du cinéma latino-américain. Drôles et fantaisistes, ils sont pourtant le contraire d’une vitrine publicitaire : le microcosme de cette galerie de Buenos Aires rompt avec la vision perverse du Montmartre labellisé de Jeunet.
Peu à peu, une réflexion sur la figure du père (absent - donc propice à la spéculation) s’esquisse et prend corps, dans un geste vif et jamais mièvre. Notre héros désoeuvré construit son identité - filmique, forcément - autour de la légende du géniteur et de ses racines juives polonaises. Serge Daney racontait qu’il avait rejoint, au cinéma, le lieu du père mort. Le cinéma est alors cette chambre close, non-lieu du père en fuite. Son retour inopiné, à la fin du film, son intrusion dans le cadre de l’image aboutira à la création d’un nouveau scénario, point de départ d'un nouveau film, celui d'une hypothétique réconciliation.
On peut certes reprocher à Daniel Burman de faire du cinéma localisable, estampillé latino. Pourtant, cette exploration, loin d’être vaine, convoque de vieux démons, et, d’un même mouvement, nous extrait de notre torpeur.