Le singe

Film kirghiz de Aktan Abdykalykovn

Avec Mirlan Abdykalykov, Sergej Golovkin





Par Clémentine Gallot
 

Durée: 1h30

 

Dans un village du Kirghizistan soviétique, un garçon de 17 ans appelé "le Singe" en raison de ses oreilles décollées, vit la fin de son adolescence avec ses amis, en attendant d’aller à l’armée.

Aktan Abdykalykov raconte ici son histoire et met en scène son propre fils, Mirlan, qui, on le suppose, doit être confronté aujourd'hui à une experience similaire : comment vivre son adolescence en étant privé de toute beauté – physique - ? C'est sans juger que l'oeil de la caméra nous communique ces émotions intimes qui naissent au gré d'une musique céleste, mélange de violon et de flûte aux inflexions presque tragiques.

Il nous donne à voir un certain état, qui oscille entre l'enfance, l'insouciance des jeux, la découverte de petits riens, mais aussi l'évolution des rapports humains, la naissance de nouveaux plaisirs (regarder sous les jupes des filles¼ ), et la maturité, face à l'inversion des rôles parent/enfant ("le Singe" reste seul pour s'occuper d'un père alcoolique).

Le réalisateur filme également un état d'attente habité par la conscience de l'éphémère : bientôt, comme en témoignent les crânes rasés des jeunes hommes, il leur faudra quitter ce lieu natal et partir pour l'armée. Dans l'attente de ce déchirement, le temps prend une dimension inhabituelle : il s'enfuit si vite quand on voudrait le capturer, et semble parfois s'étirer, tendre à l'infini, comme chez Eluard, où "le temps déborde".

On ne peut qu’aimer le naturel et la délicatesse avec laquelle Abdykalykov arrive à capter, comme cachés derrière ce front impassible, les émois intérieurs qui agitent le jeune homme.