Coffee & Cigarettes

Film américain de Jim Jarmusch

Avec Roberto Benigni, Iggy Pop, Tom Waits, Bill Murray, Steve Buscemi..





Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 07-04-2004

Durée: 1h36

 

Pose café

Trois ans après Ghost dog, Jim Jarmusch, l’employé polyvalent du cinéma U.S. indépendant, présente Coffee and Cigarettes (qu’il trimballe depuis une dizaine d’années) comme une «série de courts-métrages déguisés en long métrage à moins que ce ne soit le contraire. Chaque séquence fait intervenir plusieurs personnages qui, autour de quelques tasses de cafés et de quelques cigarettes discutent de sujets aussi variés que la caféine, les théories du complot contre Elvis, des groupes rock imaginaires, le Paris des années vingt…».

Curiosité que les générations futures scruteront peut-être avec perplexité, Coffee & Cigarettes renoue avec le noir (café) et le blanc (cigarettes) de Dead Man ou Stranger Than Paradise. Dans ce laboratoire crasseux à expériences miniaturisées, les sketchs sont le résultat de variantes inventives autour d’une structure nucléaire.

Les uns attablés, les autres accablés.
Des silhouettes sous perfusion de déca, tétant un ultime mégot (le dernier avant d’arrêter), sont conviées autour d’une table. Cette invitation courtoise accueille anonymes et people, acteurs déglingués, jeunes mollassons ou momies du Rock’n Roll (parmi lesquels Iggy Pop, Roberto Benigni, Cate Blanchett, Bill Murray…). Instances tremblotantes dont la dignité éventuelle se joue dans le trajet lancinant de la parole.

L’échange.
Remuer du noir, se regarder dans le blanc des yeux : le tric trac cinétique enclenche un bric-à-brac philanthropique. Cette topographie caféinée de l’Amérique où «ce qui a de la valeur est nécessairement au présent», remue vieux démons, fantasmes et discours à bâtons rompus. Sans sucre s’il vous plait.

Lignes de fuite.
L’oeil acéré du metteur en scène circonscrit le hors temps de la pause. L’enclos du guéridon ou de la table branlante, vecteur d’une parole sublime ou laconique, est bâti de signaux ambitieux. Un principe d’orientation géométrique irrigue le cadre, décompose les gestes selon une trajectoire de va-et-vient de la table à la tasse.

La quadrature du cercle.
Tout se joue sur les carreaux de l’échiquier, c’est à savoir qui damera le pion à l’autre. Jeux de miroir et jeux de piste, aussi manifestement foutraques que rigoureusement orchestrés participent de l’économie du film, qui s’apprécie dans la clandestinité. Brillant, l’histrion Jarmusch continue de prédire le cinéma dans un marc de café.