Deux Frères

Film français de Jean-Jacques Annaud

Avec Guy Pearce, P. Leroy-Beaulieu, J.-C. Dreyfus, Freddie Highmore





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 07-04-2004

Durée: 1h49

 

Angkor manqué ?

Le parcours professionnel de J-J. Annaud comporte deux tentatives intéressantes : la Guerre du Feu et l’Ours qui avaient le mérite de vouloir échapper aux conventions habituelles du récit cinématographique (sans abandonner pour autant, malheureusement, certaines habitudes comme la sauce musicale hollywoodienne.) Faire « dialoguer » des hominidés parvenus au stade du grognement ou émouvoir le public en captant la détresse d’un ourson orphelin, bravo ! Mais ne pas pouvoir se passer d’un tapis de violons à l’arrière plan altère la hardiesse du projet. On peut regretter d’autant plus ces plates options de sonorisation que les prises de vues constituent, elles, de stupéfiants exploits qui ont renouvelé le film animalier.

Cette maîtrise se retrouve dans Deux Frères, encore améliorée par l’utilisation de la caméra numérique qui permet de décupler la durée des prises de vues, donc d’augmenter les chances de « pêcher » des réactions exceptionnelles chez les animaux. Dans ce domaine, la réussite est totale et il faut souligner l’apport du montage de Noëlle Boisson qui décrit la vie de ces deux bébés tigres dans la jungle d’Angkor, en structurant un récit cohérent à partir des dizaines d’heures de rushes accumulées. Malheureusement, les vieux démons sont toujours là et une musique disneyenne ininterrompue cartoonise en permanence ces tigres qui seraient bien plus heureux avec le seul accompagnement de la rivière et des insectes.

Mais il y a pire : pour des raisons mystérieuses, J-J. Annaud continue de croire que l’Indochine française était anglophone. Il nous avait déjà fait le coup dans l’Amant et il récidive avec ce film où un grotesque administrateur colonial baragouine l’angliche avec sa femme et son petit garçon, malgré les drapeaux français qui flottent sur les bâtiments et les enfants khmers qui chantent une Marseillaise asthmatique. Pourquoi ces injustifiables acrobaties linguistiques ? Comme d’habitude, pour tenter d’atteindre le marché américain. N’était-il pas plus simple de situer l’action aux Indes, au Siam ou en Malaisie, contrées où régnait l’anglais ? Le scénario, qui n’est déjà pas très convaincant, baigne dans la B.D. anticolonialiste primaire et l’on guette le retour des tigres qui, eux au moins, s’expriment en V.O. Si J-J. Annaud croit dénoncer les méfaits de la colonisation dans ses films (et ce, depuis la Victoire en Chantant), il devrait être très sensible à l’asservissement que constitue l’abandon d’une langue nationale pour des raisons plus commerciales qu’artistiques.

Un conseil, donc : puisque ce film est essentiellement destiné aux 6 / 12 ans (qui vont d’ailleurs se régaler), il vaut mieux aller le voir – exceptionnellement - doublé en français pour tenter de rendre plus crédible cette histoire. Anyway, le most intéressant restent the tigres.