Capturing the Friedmans

Film américain de Andrew Jarecki


(Enquête sur la famille Friedman)


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 07-04-2004

Durée: 1h47

 

Pédophilm

Ce très long reportage destiné à la télévision raconte l’arrestation et la condamnation du professeur Friedman, pédophile homosexuel, marié et père de trois fils, qui enseignait l’informatique (et d’autres choses) dans la cave de sa maison à de très jeunes garçons. Le fils cadet (19 ans) est également arrêté pour participation à cette pédagogie spéciale. Ce qui paraît étrange aux enquêteurs, c’est qu’aucune plainte n’ait émané des victimes, ou de leurs parents, durant les quatre ans que dura cet enseignement. Le pot aux roses fut découvert par hasard à cause d’une revue pédophile hollandaise qui était adressée au professeur et qui éveilla les soupçons de la police qui vint perquisitionner.

Le reportage est constitué, comme habituellement, de nombreuses vues d’actualités et d’interviews des différents acteurs de cette affaire : policiers, avocats, juges, journalistes, victimes… et la famille Friedman (à l’exception du professeur qui n’aime pas trop s’exprimer devant les caméras de télévision.) Mais il est loin d’être absent, car les home movies de cette étrange famille, qui avait la passion du cinéma 8mm puis de la vidéo amateur (jusque là rien d’anormal), constituent des archives inépuisables, depuis la naissance des enfants jusqu’au drame de l’arrestation qui ne va pas interrompre ce déluge d’images intimes. Au contraire : nous assistons en live aux conflits et à l’éclatement de ce noyau familial qui s’auto filme, les fils prenant le parti du père, refusant de le croire coupable (ou couvrant sa culpabilité ?) contre la mère qui dévoile sereinement la misère de sa vie sexuelle et le dégoût que lui inspirait son mari. Il faut dire qu’on éprouve un malaise certain à voir le professeur danser avec ses fils, ou faire le pitre dans le salon, alors qu’il attend le jugement qui va l’envoyer au bagne.

En matière de voyeurisme crasse, Capturing the Friedmans enfonce tous les Loft Stories actuellement proposées par les télés poubelles. On se dit que, ramenée à 52 minutes, cette très longue enquête remplirait mieux une soirée thématique d’Arte, coincée entre Emile Louis et Dutroux, plutôt que d’aboutir sur un écran de cinéma. Enfin, quoiqu’il en soit, les Etats-Unis sont tout de même un bien étrange pays…