Kiki, la petite sorcière
Majo no takkyubin

Film japonais de Hayao Miyazaki

Avec Janeane Garofalo, Minami Takayama, Adeline Chetail...





Par Morgane Perrolier
 
Sortie le 31-03-2004

Durée: 1h42

 

Celle qui ensorcelle

Troisième long-métrage d'Hayao Miyazaki au sein du Studio Ghibli, La petite sorcière sort pour la première fois sur nos écrans. Réalisé en 1989, le film conquiert à l'époque un grand nombre de japonais, tandis que les têtes blondes françaises s'émerveillent devant La petite sirène. Aujourd'hui, après le succès de Princesse Mononoké ou du Voyage de Chihiro, Kiki l'ensorceleuse arrive en France et prend sa revanche sur la douce Ariel.

Toute sorcière qui se respecte (tradition oblige), doit, à l'âge de treize ans, quitter sa famille et commencer un apprentissage dans une ville lointaine. Le moment arrive pour Kiki : un soir de pleine lune, elle s'envole donc sur son balai. Accompagnée par son chat Jiji, elle s'installe bientôt dans un environnement inconnu, et, peu à peu, tâche de s'y intégrer. Une boulangère généreuse lui offre l'hospitalité et lui permet d?ouvrir un service de livraison à domicile. Seulement voilà : un beau jour, le balai ne veut plus voler, et Jiji ne dit plus un mot. Loin de la sécurité du cocon familial, Kiki apprend l'amitié et la satisfaction du travail accompli, mais aussi, malgré elle, subit la remise en cause de ses pouvoirs.

Nous pourrions nous attendre, comme dans tout apprentissage, à un chemin semé d?embûches, à des " méchants " aux intentions viles, comme Miyazaki sait si bien les dessiner. Rien de tout cela ici : le réalisateur décrit une vie paisible, sereine, où la magie n'effraie personne et où l'étranger est immédiatement accueilli et accepté. Kiki paraît être à elle seule son propre obstacle. Surmonter les doutes qui l'assaillent, reprendre confiance, telle sera sa plus rude épreuve. Douloureux passage à l'âge adulte ! En même temps qu'elle découvre la réalité et les aléas du monde du travail, la jeune fille est confrontée aux incertitudes d?une adolescence qui débute.

Bien plus, au-delà du désarroi qui touche cet âge de la vie, l'auteur semble vouloir transmettre un autre message. En filigrane se dessinent, à travers Kiki et la jeune peintre qui l'aide à reprendre confiance en elle, les tourments de l'artiste, l'angoisse ressentie par tout créateur. Il n'y a pas, dans La petite sorcière, de véritable tension fictionnelle. Miyazaki met en scène de simples tranches de vie ; quand le film s'achève, l'apprentissage de la sorcière est, quant à lui, loin d'être terminé. L'histoire, en outre, se déroule dans un univers aux couleurs réalistes : la ville où arrive Kiki est clairement d'inspiration européenne, et, en dehors de balais aux propriétés physiques inhabituelles et de chats un peu bavards, rien ne surprend vraiment le spectateur. Les passionés de Miyazaki et des univers féeriques de ses autres films seront donc, sans doute, un peu déçus. L'imaginaire n'a certes que peu de place dans La petite sorcière (nous sommes loin des sylvains de la forêt de Princesse Mononoké, de Laputa, la cité mythique du Château dans le ciel, du train fantôme de Chihiro) et le dessin animé manque d'un enjeu dramatique véritable. Cependant, l'auteur offre, avec beaucoup de poésie et une virtuosité technique certaine (la ville est, dans sa profusion de détails, splendide, et l'animation, parfaite), un regard tendre et souvent drôle sur les tribulations de ses personnages. Quelques coups de crayon, deux ou trois mots magiques : Hayao Miyazaki trouve la bonne formule, et nous voici, à notre tour, ensorcelés.