Agents secrets

Film français de Fréderic Schoendoerffer

Avec Monica Bellucci, Vincent Cassel, André Dussolier, Charles Berling





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 31-03-2004

Durée: 1h49

 

Métro, boulot, bobo

Après le remarquable Scènes de Crimes, à l'occasion duquel Frédéric Schoendoerffer avait totalement renouvelé le film polar en nous décrivant l'obscur et fastidieux travail des policiers, bien loin des prouesses habituelles de l'Inspecteur Harry, j'espérais beaucoup de ces Agents Secrets. J'imaginais une vision originale, à savoir quotidienne, sans éclat et banalisée, de ces fonctionnaires de l'ombre qui se lèvent le matin pour faire sauter le « Rainbow Warrior », comme d'autres prennent le métro pour se rendre au bureau.

Je m'attendais donc à la même démythification de ce qu'on imagine être l'activité des espions, mais le résultat est décevant car il n'évite, finalement, aucun des poncifs du genre. Après un début prometteur et brillant, le film semble s'engager dans la voie espérée : la plate description des fausses vacances de faux jeunes mariés qui servent de couverture à une vraie action de sabotage. Malheureusement, le film « d'action » envahit l'écran progressivement et nous nous retrouvons plongés dans les habituels règlements de compte mystérieux, les fastidieuses poursuites automobiles et le James Bondisme qui font basculer le film dans la catégorie Taxi II ou Mission Impossible, avec un Vincent Cassel plus invulnérable que Tom Cruise ! Les sempiternels conflits des obscurs espions "d'en bas " à propos des énigmatiques missions ordonnées par leurs supérieurs de l'Etat Major (composé d'officiers en costume gris anthracite, s'exprimant par apophtegmes laconiques dans des bureaux design) et une bande sonore épuisante achèvent de nous faire décrocher de ce scénario « bateau » (si j'ose dire.)

Précisons que les inconditionnels de ce type d'aventures ne seront pas déçus, car la réalisation en remet, avec un sens aigu des images efficaces et un goût évident pour la virtuosité technique : le plan d'ouverture qui commence sur la face cachée de la lune pour finir sur un gros plan de Charles Berling, accoudé au bastingage d'un bateau qui cingle vers Gibraltar, en apporte la preuve. Elle augmente mon regret de voir autant de brillantes qualités au service d'un scénario qui aurait dû prendre davantage à contre-pied les traditions d'un genre passablement usé, comme c'était le cas pour Scènes de Crimes .