Japanese Story

Film australien de Sue Brooks

Avec Toni Collette, Gotaro Tsunashima


Sélection officielle Un Certain Regard


Par François-Xavier Rouyer
 
Sortie le 17-03-2004

Durée: 1h47

 

Lost in Translation à l'envers

Il y a des films qui commencent fort puis qui déçoivent ensuite, il y en a d'autres que l'on apprend à aimer petit à petit, sans qu'on le sente vraiment. Japanese Story fait partie de ces rares films.

On est dans la salle, on n'attend pas grand-chose. Puis on est étonné ! Tout d'abord par l'image, qui fait beaucoup plus téléfilm que film, ensuite, on se pose des questions en voyant la trame se profiler. Une australienne un peu insociable, un japonais psychorigide, les deux, bien sûr, vont se rencontrer ; choc des cultures, incompréhension, "ça sent le cliché à plein nez" se dit le vaillant critique parti en éclaireur pour toi, public! Tout se passe en Australie, dans le désert de Pilbara, entre la baie Shark et le désert de Gibson (se fendre d'un "aaah, d'accord" est ici de bon goût, surtout si vous êtes accompagné). Chargé par son travail de véhiculer le client japonais à travers des mines perdues dans le désert, la jeune femme, un brin garçon manqué (même un peu plus qu'un brin, disons un gros brin) va vite se retrouver face à un mur, le japonais parle difficilement l'anglais, elle pas du tout le japonais, et puis de toute façon, personne n'a envie de parler durant ces trajets interminables à travers le désert.
     
Gêné, au début par l'utilisation des "clichés", le spectateur comprend peu à peu où veut en venir Sue Brooks, la réalisatrice. Il y a chez elle une volonté de revenir à la source du cliché, de montrer que si un cliché est cliché, c'est avant tout parce qu'il est vrai. Alors on retrouve une douceur de la vie simple qu'on n'avait pas vue depuis longtemps au cinéma et tout cela, par l'intermédiaire d'une des choses qui pollue le plus le cinéma, le poncif, le répétitif, les situations déjà vues ! Ici ces situations, ces dialogues déjà entendus ont un accent de vérité tel que l'histoire qui nous est contée est alors fabuleusement originale parce que fabuleusement banale. Cela est certainement dû également à l'impressionnante prestation des acteurs, Gotaro Tsunashima, fermé et en même temps tellement émouvant et surtout Toni Colette, à la filmographie imposante (The Hours, Pour un garçon, Le sixième sens, 8 1/2 Women, Velvet Goldmine et Muriel, eh oui, c'était elle !) qui déploie un charme tout en retenue, presque comme si elle avait honte de pouvoir séduire. Enlaidie au possible dans Pour un garçon, elle laissait pourtant apercevoir, si on la regardait avec tendresse, un certain charme, celui-ci éclate  dans Japanese Story.

Il n'y aura certainement pas de "buzz" médiatique autour de ce film, il n'en a de toute façon pas besoin, mais si vous voulez voir un film simple et beau courrez voir la vie sur grand écran, c'est rare qu'elle ait été aussi humainement captée.